ACCORD AVEC LE FMI : UNE BOUÉE DE SAUVETAGE, PAS ENCORE LA TERRE FERME

  1. UNE BONNE NOUVELLE, MAIS PAS LA FIN DE LA CRISE
    Le Sénégal avait besoin de retrouver de l’oxygène. Après la crise liée aux révélations sur les chiffres de la dette et l’interruption du précédent programme, notre pays a subi une dégradation de la confiance de ses partenaires et des marchés. Les quelques 2,2 milliards de dollars mobilisés sur 36 mois ne sont évidemment pas un cadeau. Mais ils donnent au Sénégal quelque chose de précieux : du temps temps pour rétablir les équilibres budgétaires, restaurer la confiance, réformer l’État et remettre progressivement nos finances publiques sur une trajectoire soutenable.
    Un accord avec le FMI ne signifie pas que la crise est terminée. Il signifie que nous disposons d’une nouvelle chance pour la résoudre.
  2. LES MARCHÉS NOUS INVITENT À RESTER LUCIDES
    Il faut regarder au-delà des annonces officielles. Les investisseurs continuent de considérer la dette sénégalaise comme risquée. Les obligations du pays restent fortement décotées. Le message est assez clair : «« Nous voyons le retour du FMI. Mais nous attendons encore de voir si le Sénégal est réellement capable de rétablir durablement ses finances publiques »» Ce n’est pas nécessairement de l’hostilité. Les marchés évaluent le risque et leur message mérite d’être entendu. Le retour du FMI ne suffira donc pas, à lui seul, à rétablir durablement la confiance. Il faudra des résultats.
  3. LA DETTE RESTE LE CŒUR DU PROBLÈME
    L’accord permet de gérer la situation, mais ne règle pas le stock de dette. Le Sénégal doit donc agir sur sa soutenabilité : mieux gérer les échéances, réduire le coût du financement et, si nécessaire, dialoguer avec certains créanciers. L’essentiel est d’anticiper et de négocier avant qu’une nouvelle crise n’impose des décisions dans l’urgence.
  4. LE PÉTROLE : TRANSFORMER LA RENTE EN RICHESSE DURABLE
    Le pétrole et le gaz sont une opportunité, mais pas une garantie de prospérité. Le Sénégal doit transformer cette rente en emplois et en capacité productive, en investissant dans l’agro-industrie, les infrastructures, l’énergie, la formation, les PME et l’entrepreneuriat. L’objectif est de bâtir une économie qui reste solide lorsque les revenus des hydrocarbures diminueront.
  5. LA TRANSPARENCE : LA CONDITION DE LA CONFIANCE
    Les revenus du pétrole doivent être traçables et leur utilisation clairement expliquée aux citoyens. Après la crise des chiffres de la dette, la transparence doit être une obligation : chacun doit pouvoir savoir combien l’État reçoit, comment l’argent est utilisé et quels résultats il produit.
  6. ASSAINIR LES FINANCES SANS AFFAIBLIR LE PAYS
    L’assainissement budgétaire est nécessaire, mais il ne doit pas se transformer en austérité aveugle. Il faut réduire les gaspillages et les dépenses improductives, tout en préservant les secteurs essentiels comme la santé, l’éducation, la protection sociale et la formation des jeunes, indispensables au développement économique et social du pays.
  7. CINQ CHANTIERS POUR SORTIR DURABLEMENT DE LA CRISE
    L’accord avec le FMI nous donne du temps . Ce temps doit être utilisé pour engager cinq chantiers essentiels :
    => Restaurer durablement la crédibilité des finances publiques : des comptes fiables, des prévisions réalistes et une gestion budgétaire rigoureuse.
    => Rendre la dette soutenable : Ne pas repousser le problème, mais traiter durablement le poids de la dette et son coût.
    => Transformer les revenus pétroliers en investissements productifs : utiliser la rente pour développer les secteurs qui créeront les emplois et les recettes de demain.
    => Moderniser l’État : faire mieux avec moins : réduire les inefficacités, améliorer la collecte fiscale et rendre les entreprises publiques plus performantes.
    => Maintenir la cohésion sociale
    L’ajustement doit être équitable. Les populations les plus fragiles et les investissements dans le capital humain doivent être protégés.

CONCLUSION : LE VRAI TEST COMMENCE MAINTENANT !
L’accord avec le FMI nous donne du temps, mais il ne règle pas nos difficultés. Le véritable défi est désormais de transformer nos ressources en investissements, nos investissements en emplois et notre croissance en souveraineté économique. Cela exige rigueur, transparence, travail et volonté politique. La bouée est là ; à nous maintenant de rejoindre la terre ferme.

Pape Medoune Sow

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