Le Plan de Redressement Économique et Social (PRES) prévoit la mobilisation d’environ 6 000 milliards de FCFA sur trois ans (2026-2028), dont 90 % sont des ressources domestiques mobilisables immédiatement et sans conditions extérieures. Malgré les défis, ce plan demeure une solution souveraine qu’il convient d’évaluer et de rendre plus performante.
C’est pourquoi, le discours initial officiel sur la « gestion active de la dette » et la « consolidation budgétaire » avait suscité une grande adhésion. Il faut espérer que cette posture active et profondément souveraine ne s’affaisserait pas face à l’entrée en lice du Fonds Monétaire International (FMI). Il n’y a aucune comparaison possible entre une solution interne, maîtrisable et basée sur notre potentiel national, et une solution externe, louée sous conditions strictes. Un partenaire nouveau ne peut avoir qu’une posture d’appoint et non de substitution.
Le futur programme avec le FMI représenterait une promesse de
1 243 milliards de FCFA sur trois ans (2027-2029). Cet accord serait assorti de conditionnalités rigides, dont la contrepartie financière ne serait pas encore disponible. Un long processus de négociation reste à mener, tant avec les créanciers (eurobonds) qu’avec le FMI. Il faut s’attendre à un marathon de négociations bilatérales et multilatérales à conduire avant d’acter définitivement un programme, puis lancer la phase des procédures de décaissements périodiques, elles-mêmes conditionnés par des réformes et des résultats vérifiés. Alors, le Gouvernement du Sénégal espère plus un climat plus apaisé qu’une trésorerie améliorée dans l’immédiat. Il va falloir encore compter sur nos propres stratégies.
Une question cruciale se pose : le gouvernement préfère-t-il dépendre d’une promesse d’assistance plutôt que de s’appuyer sur des solutions internes, autonomes et maîtrisables, dont il vantait les vertus ? Quelle suite sera réservée au PRES dans le cadre du Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS) ?
Oui, le système financier international est calé à tel enseigne que les plus faibles sont obligés de se plier aux règles prédéfinies des plus puissants, qui leur sont moins avantageuses. D’où le débat sur la réforme des règles de la gouvernance mondiale. C’est pourquoi, PASTEF LES PATRIOTES a inscrit dans son programme, sur lequel est élu l’actuel Président de la République, « la décolonisation économique » comme un préalable pour amorcer le développement du Sénégal. L’application de ce programme politique a justifié le processus de renégociation des contrats relatifs à la gestion de nos ressources naturelles stratégiques, pilotées par l’ancien Premier ministre Ousmane SONKO. Par ailleurs et malheureusement, la question de la monnaie, levier essentiel d’une politique économique, malgré une volonté affichée par PASTEF Les Patriotes, est subtilement rangée au registre des questions qui fâchent. Certainement, la dose de vaccin administrée sur l’ECO à Abidjan en décembre 2019, par Macron, continue de faire ses effets, d’autant plus que ce projet de monnaie communautaire n’occuperait presque plus le débat, du moins de manière officielle.
Le Sénégal fait face au mur du service de la dette, avec une charge moyenne colossale d’environ 450 milliards de FCFA par mois durant l’année 2026. En clair, aucune promesse lointaine ne saurait stopper le sifflement de l’alarme budgétaire. Et important également, l’on ne saurait traiter cette situation et passer sous silence la question des responsabilités individuelles pour que plus jamais une telle crise financière et budgétaire.
La situation exige une réponse immédiate et souveraine. Se réjouir de « l’entente technique avec le FMI » revient à demander à un malade souffrant de diarrhée aiguë d’attendre la construction future de toilettes aux normes néocoloniales. C’est pourquoi, malgré « l’accord de principe entre les techniciens des deux parties », le Sénégal se trouve dans l’obligation stricte de compter sur ses propres leviers pour honorer l’échéance cruciale du 13 septembre 2026 d’un coupon d’eurobond. Et pourtant ça sera ainsi pendant une bonne période !
Le montant global des eurobonds concernés par les discussions techniques s’élève à 5 milliards de dollars. Alors, c’est limpide la promesse d’engagement du FMI (2,2 milliards de dollars) ne couvrirait donc même pas la moitié de cette masse critique, prouvant une fois de plus que notre salut financier réside d’abord dans nos propres stratégies, qui ont marché jusqu’ici. Qu’est ce qui est à l’origine d’un basculement par rapport à notre stratégie de consolidation budgétaire ? Oui, il faut un accord avec le FMI, mais quel accord ? PASTEF Les Patriotes toujours restera toujours fidèle à sa ligne de souveraineté dans les négociations avec des partenaires. Le but est de rester fidèle à nos engagements politiques pour un développement économique inclusif et durable.
Alors, quel traitement est prévu par le Gouvernement pour couvrir les 2,8 milliards de dollars d’eurobonds restants de notre portefeuille global de dette de 5 milliards de dollars ?
Les échéances sont têtues et incompressibles, comparées à l’élasticité des négociations avec le FMI. Les sifflements des échéances des eurobonds continueront de bourdonner dans les oreilles de la Direction générale des Financements et de la Dette (DGFD). Les subtilités fleuves des discours politiques sur la dette se tarissent vite face à la dure réalité des urgences financières et budgétaires à résoudre en attendant les promesses non encore validées du FMI.
MTN
Momath Talla NDAO
Député à l’Assemblé nationale
Commissaire Décentralisation et Réformes territoriales MONCAP/PASTEF Les Patriotes
