Dénoncée par son propre père, Fatou Thiam déballe tout : « Je me prostitue à cause de lui »

Quelques jours plus tard, il remarque des absences répétées de la jeune fille. La goutte d’eau qui fait déborder le vase survient lorsqu’il constate qu’elle s’absente trois nuits de suite, soi-disant pour aller passer quelques jours chez une copine. Dès qu’elle rentre à la maison, son père la conduit directement au commissariat central de Diourbel, la suspectant de tremper dans des activités illicites.

Les premières investigations des policiers confortent les soupçons de M. Thiam. Fatou Thiam avoue s’être droguée avec des comprimés de MDMA, communément appelée ecstasy. Sommée de divulguer l’origine de la drogue, elle mouille sa copine Nd. Y. Sylla, qui est arrêtée dans la foulée. Cette dernière reconnaît également avoir utilisé la même drogue. Mais pendant leur interrogatoire, les téléphones des deux jeunes filles n’arrêtent pas de sonner. Les enquêteurs découvrent alors que Fatou Thiam et Nd. Y. Sylla sont membres actifs d’une bande de jeunes qui versent dans la prostitution, le proxénétisme et la drogue.

Je me prostitue parce que mon père m’a coupé les vivres »

En remontant les appels entrants et sortants des smartphones des deux jeunes filles, les hommes du commissaire You niouss Dièdhiou parviennent à remonter toute la filière. Ils mettent la main sur trois jeunes hommes : F. Diouf (19 ans), A. K. Fall (21 ans) et M. T. Diop (23 ans). Après plusieurs retours de parquet, Fatou Thiam et Nd. Y. Sylla sont inculpées pour défaut de carnet de santé, détention et usage de drogue.

Les trois jeunes hommes sont, quant à eux, poursuivis pour proxénétisme, complicité de proxénétisme, détention et usage de drogue. Tout le groupe comparaît libre devant le tribunal, après avoir bénéficié d’une liberté provisoire.

Face au juge Saliou Mbengue, Fatou Thiam laisse l’assistance sans voix. « C’est à cause de mon père que je suis ici aujourd’hui. Dans tout ce qui m’est reproché, seule une infime partie est vraie. Je n’ai jamais vendu de drogue. Il est vrai que je me prostitue pour satisfaire certains besoins matériels, parce que mon père m’avait coupé les vivres. Je me suis également droguée avec de la MDMA avec mes amis. Je n’en ai jamais vendu. »

Elle précise que ses clients lui versent entre 10 000 et 15 000 francs CFA la passe, sans obligation de porter des préservatifs. Elle déclare, à la fin, avoir arrêté la prostitution. À son tour, Nd. Y. Sylla, fille d’un cadre, nie se livrer à la prostitution. « Je ne suis pas une pute. Mais je ne vais pas venir mentir devant cette barre pour déclarer que je ne me drogue pas. Avec mes amis ici présents, je prenais de la MDMA. Mais jamais je n’ai été protégée. Avec tout ce que j’ai vécu, tout cela est fini pour moi. »

F. Diouf, lui, suspend par ses aveux : « Je n’ai rien à voir avec la prostitution, encore moins avec le proxénétisme. Mais il est vrai que c’est moi qui ramenais la MDMA de Dakar pour qu’on se drogue. La MDMA m’avait été gracieusement fournie par un ami. Je n’étais pas conscient de la gravité de ce que je faisais. » Enfin, A. K. Fall jure n’avoir participé qu’une fois aux séances de drogue, tandis que M. T. Diop soutient n’avoir fait que transporter les deux jeunes filles, sans se douter de leurs activités.

Le procureur Papa Khalil Fall n’a pas manqué de faire passer un message aux prévenus. Mais bien plus que la drogue qu’à l’accoutumée, il a pris son temps pour sensibiliser les jeunes sur les dangers encourus. Au moment de requérir, il s’est contenté d’inviter le tribunal à « l’application de la loi ». Cheikh Ngom, pour la défense, a plaidé la clémence, soulignant la qualité de délinquants primaires des prévenus et leur jeune âge. Après délibéré, le tribunal déclare Fatou Thiam coupable de défaut de carnet de santé, détention et usage de drogue, et la condamne à un mois de prison ferme et 25 000 francs CFA d’amende. Nd. Y. Sylla, F. Diouf et A. K. Fall, reconnus coupables de détention et usage de drogue, écopent de la même peine. Quant à M. T. Diop, il est relaxé purement et simplement.

Thierno Gueye

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