L’HISTOIRE TRISTE DE FEU BOUNA WADE : UN PETIT FRÈRE AU DESTIN TRAGIQUE

Il était très jeune et timide, mais plein de fougue et d’énergie. L’histoire de mon jeune frère Bouna Wade reste l’un des épisodes les plus poignants de l’émigration clandestine sénégalaise.

Jeune Sénégalais habitant dans la banlieue dakaroise, Bouna avait un rêve : aller en Europe ou aux États-Unis pour vivre une vie meilleure et aider ses parents.

À cette époque, alors que les Sénégalais menaient, sous les politiques d’ajustement structurel, une vie extrêmement difficile et que le régime du Président Abdou Diouf vivait ses derniers jours, Bouna pensait par tous les moyens à quitter le Sénégal. Voyager n’était pas nécessairement difficile à l’époque, mais il fallait soit en avoir les moyens, soit disposer des diplômes nécessaires. Bouna n’avait ni l’un ni l’autre.

Son idée était alors de tenter l’émigration clandestine en exploitant les failles sécuritaires de l’époque à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, afin de rejoindre le tarmac et de se cacher dans le train d’atterrissage d’un avion.

Le 17 janvier 1999, il réussit à se cacher dans le train d’atterrissage d’un avion reliant Dakar à Lyon et survécut miraculeusement à ce voyage extrêmement dangereux. La presse avait largement parlé de lui.

Après son refoulement et son retour au Sénégal, il est venu me rendre visite vers 13 heures. Je l’ai reçu chez moi, dans le quartier de Minam, où nous habitions ensemble.

Bouna me vouait un immense respect. Il m’appelait « grand frère ».

Je l’avais longuement sermonné et convaincu de ne plus jamais prendre un risque aussi dangereux. Je lui avais expliqué que, quel que soit son rêve d’Europe, aucune perspective ne pouvait justifier de mettre sa vie en péril.

Malheureusement, Bouna, obnubilé par le rêve de se retrouver en Occident, reprit son projet de départ clandestin, avec la même stratégie.

Il se cacha une nouvelle fois dans le train d’atterrissage d’un avion qui, cette fois, se rendait non pas en Europe, mais en Côte d’Ivoire.

Et ce dernier voyage lui fut malheureusement fatal. Bouna n’eut pas, cette fois-ci, la même chance que lors de son premier voyage clandestin vers la France. Il ne survécut pas aux conditions extrêmes de température et de pression.

Son corps fut retrouvé à l’aéroport d’Abidjan en juin 1999.

Cette histoire reste pour moi particulièrement douloureuse parce que je l’avais personnellement connu, reçu chez moi et tenté de convaincre de renoncer à ces voyages dangereux.

Bouna Wade avait survécu à un premier voyage qui semblait impossible. Mais son dernier voyage lui coûta malheureusement la vie.

Son père, Mamadou Wade, gendarme à la retraite qui avait servi à Kébémer, était lui aussi profondément préoccupé par le destin de son fils. Il avait multiplié les démarches pour retrouver et identifier son fils après sa seconde disparition, avec l’appui de ses frères et sœurs, notamment Maaty Wade et Aly Wade.

Son père, Mamadou Wade, nous a malheureusement quittés l’année dernière, après une longue maladie, après avoir porté pendant des années la douleur de la disparition tragique de son fils.

Que Dieu l’accueille ainsi que son père, Mamadou Wade, dans son Firdawsi.

Me Diaraf SOW.

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