TRAITÉ DE LA DISSIMULATION SACRÉE, LE PAROXYSME DE LA PERTURBATION DIVINEMENT ORCHESTRÉE PAR LA LOI DE LA NATURE

Quand on pousse l’exactitude à bout, elle produit toujours des inconvenances.
Parce que la vérité pure ne peut pas vivre dans une maison sale.

Dire exactement ce que l’on pense à des adultes qui ne cherchent pas la vérité mais la confirmation, c’est se jeter nu dans une meute. Alors, comment mentir aux adultes, aux gens !
On ne ment pas, on traduit notre ciel dans leur petite langue.
Un enfant surveillé en permanence par des gens qu’il n’aime pas, devient un technicien de la dissimulation, c’est la plus haute école.
Il apprend très tôt ce que les philosophes mettent cinquante ans à comprendre, répondre ce qu’on attend de lui, baisser la tête au bon moment, sourire à la seconde exacte où il faut le faire. Ce n’est pas de la lâcheté, c’est de l’architecture.
Il construit un faux palais à l’entrée de son âme pour que personne n’entre dans le vrai temple.
Il garde la partie vivante de lui-même comme on garde une braise sous la cendre.
Le monde voit de la cendre froide, lui seul sait que dessous, ça brûle encore, c’est ça, survivre.
Alors il devient deux choses à la fois, et c’est son génie maudit, un acteur professionnel et un observateur extraordinaire. L’acteur joue le rôle qu’il veut. L’observateur, lui, depuis le fond de la salle, note tout, chaque tic, mensonge, chaque faiblesse. On a voulu faire de lui un prisonnier, on a fabriqué un voyant.
La blessure est la défense !
Ce n’est pas qu’il se défend malgré sa blessure, c’est [SA BLESSURE qui EST] sa défense.
Son trauma est devenu son armure.
On ne peut plus le blesser là où il est déjà mort.
La question qui pour tout bon psychologue, serait assassine ! Le don est-il le fruit du malheur, ou est-il seulement la mesure donnée à une direction ?
Il est les deux, le malheur ne crée pas le don, il creuse le lit, oblige l’eau de l’âme à aller dans une seule direction, avec une force inouïe. Le don était là, endormi, le malheur l’a rendu inévitable.
Les heureux ont mille directions, donc ils se dispersent.
Le blessé n’en a qu’une, alors il devient immense.
Le climat moral tient mal, dur, parce qu’il est fondé sur le regard.
Partout, le regard devient la mesure de ce que les autres pensent. On ne vit plus, on est vécu par les yeux des autres. On ne se demande plus est-ce vrai ?
On se demande qu’est-ce qu’ils vont penser si je dis que c’est vrai ?
C’est la fin de l’Homme.
Dans les mathématiques, l’hypocrisie est impossible.
Une démonstration est soit vraie, soit fausse.
Elle ne peut pas sourire pour te plaire, ni baisser la tête au bon moment, c’est pour ça que les tyrans les détestent et aiment le lyrisme.
Car ce dernier est le premier déguisement du mensonge ! Quand quelqu’un ne peut pas prouver, il chante. Quand il ne peut pas démontrer, il fait pleurer.
Le beau discours est souvent le linceul d’une vérité morte.
Une société où on mesure tout à l’opinion ou au plaisir que donnent les choses est en perdition.
Car l’opinion change, le plaisir s’éteint.
Si tu bâtis sur ça, tu construis dans le vent.
Dans les situations qui dépassent l’entendement, ce ne sont plus les idées qui nous tiennent, ce ne sont plus les mots, ce sont les gestes, se laver, prier, mettre la table, se tenir droit.
C’est la dignité de la survie.
Le geste quand tout s’effondre, c’est la prière du corps qui dit à Dieu, je ne comprends plus rien, mais je suis encore là.
Et être encore là, c’est déjà te dire que je crois en toi.

Doudou Sarr Auteur-Écrivain

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