𝘈𝘳𝘳𝘪𝘷𝘦́ 𝘢𝘶 𝘊𝘢𝘯𝘢𝘥𝘢 𝘦𝘯 2016 𝘱𝘰𝘶𝘳 𝘱𝘰𝘶𝘳𝘴𝘶𝘪𝘷𝘳𝘦 𝘥𝘦𝘴 𝘦́𝘵𝘶𝘥𝘦𝘴 𝘦𝘯 𝘦́𝘤𝘰𝘯𝘰𝘮𝘪𝘦 𝘢̀ 𝘭’𝘜𝘯𝘪𝘷𝘦𝘳𝘴𝘪𝘵𝘦́ 𝘓𝘢𝘷𝘢𝘭, 𝘛𝘩𝘪𝘦𝘳𝘯𝘰-𝘖𝘶𝘳𝘺 𝘉𝘢𝘳𝘳𝘺, 𝘶𝘯 𝘫𝘦𝘶𝘯𝘦 𝘦́𝘵𝘶𝘥𝘪𝘢𝘯𝘵 𝘥’𝘰𝘳𝘪𝘨𝘪𝘯𝘦 𝘨𝘶𝘪𝘯𝘦́𝘦𝘯𝘯𝘦, 𝘢 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘳𝘦𝘤𝘰𝘯𝘯𝘶 𝘤𝘰𝘶𝘱𝘢𝘣𝘭𝘦 𝘥’𝘢𝘨𝘳𝘦𝘴𝘴𝘪𝘰𝘯𝘴 𝘴𝘦𝘹𝘶𝘦𝘭𝘭𝘦𝘴 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘪𝘴𝘦𝘴 𝘴𝘶𝘳 𝘥𝘦𝘴 𝘦́𝘵𝘶𝘥𝘪𝘢𝘯𝘵𝘦𝘴 𝘥𝘢𝘯𝘴 𝘶𝘯𝘦 𝘳𝘦́𝘴𝘪𝘥𝘦𝘯𝘤𝘦 𝘶𝘯𝘪𝘷𝘦𝘳𝘴𝘪𝘵𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘥𝘦 𝘘𝘶𝘦́𝘣𝘦𝘤. 𝘊𝘰𝘯𝘥𝘢𝘮𝘯𝘦́ 𝘢̀ 𝘵𝘳𝘰𝘪𝘴 𝘢𝘯𝘴 𝘥𝘦 𝘱𝘳𝘪𝘴𝘰𝘯 𝘦𝘯 𝘮𝘢𝘳𝘴 2018, 𝘪𝘭 𝘢 𝘦́𝘵𝘦́ 𝘦𝘹𝘱𝘶𝘭𝘴𝘦́ 𝘥𝘶 𝘵𝘦𝘳𝘳𝘪𝘵𝘰𝘪𝘳𝘦 𝘤𝘢𝘯𝘢𝘥𝘪𝘦𝘯 𝘦𝘯 𝘧𝘦́𝘷𝘳𝘪𝘦𝘳 2019. 𝘙𝘦𝘵𝘰𝘶𝘳 𝘴𝘶𝘳 𝘶𝘯𝘦 𝘢𝘧𝘧𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘲𝘶𝘪 𝘢𝘷𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘳𝘰𝘧𝘰𝘯𝘥𝘦́𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘮𝘢𝘳𝘲𝘶𝘦́ 𝘭𝘢 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘶𝘯𝘢𝘶𝘵𝘦́ 𝘶𝘯𝘪𝘷𝘦𝘳𝘴𝘪𝘵𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘲𝘶𝘦́𝘣𝘦́𝘤𝘰𝘪𝘴𝘦.
Nous sommes en septembre 2016, à Québec, au Canada. Thierno-Oury Barry, 19 ans, vient d’entamer sa première année de baccalauréat en économie à l’Université Laval, l’une des plus importantes universités francophones du pays.
D’origine guinéenne, il possède également un passeport français. Ses parents résident en France, tandis que sa sœur aînée, Aissatou, vit à Québec. C’est avec cette dernière qu’il partage un logement situé à l’extérieur du campus universitaire. Le jeune homme n’a alors aucun antécédent judiciaire connu.
Pour sa famille, il représente un véritable espoir. Sa sœur le décrit comme quelqu’un de calme, réservé et sans histoire. Quelques jours après son arrestation, elle confiera aux journalistes du Journal de Québec : « Dans la famille, c’est sur lui qu’on compte. »
Mais ce que personne dans son entourage ne semblait imaginer allait se produire quelques semaines seulement après sa rentrée universitaire.
𝗨𝗻𝗲 𝗻𝘂𝗶𝘁 𝗱’𝗼𝗰𝘁𝗼𝗯𝗿𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝘃𝗮 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗳𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗯𝗮𝘀𝗰𝘂𝗹𝗲𝗿
Dans la nuit du 14 au 15 octobre 2016, Thierno-Oury Barry revient d’une soirée au cours de laquelle il a consommé de l’alcool. Accompagné d’un autre étudiant, il parvient à entrer dans le pavillon Alphonse-Marie-Parent, une résidence universitaire de l’Université Laval. Pourtant, Barry n’habite pas cette résidence.
Une fois à l’intérieur, il se dirige vers les étages occupés par des étudiantes. Son comportement est particulièrement inquiétant. Il circule dans les couloirs, vérifie les poignées des chambres et entre dans celles dont les portes ne sont pas verrouillées. À l’intérieur, les étudiantes dorment.
Profitant de leur sommeil, il s’approche de certaines d’entre elles, s’allonge dans leurs lits, les embrasse et leur impose des attouchements sexuels sans leur consentement. Dans l’un des cas exposés devant la justice, les gestes comprennent une pénétration digitale ainsi qu’une tentative de pénétration sexuelle.
Lorsque certaines étudiantes se réveillent et le repoussent, il quitte leur chambre, mais poursuit ses intrusions dans d’autres pièces. Les faits se déroulent sur une période d’environ trois heures. Au total, les procédures judiciaires retiendront des intrusions dans les chambres de huit étudiantes, âgées d’environ 18 à 21 ans.
Et le plus troublant, c’est qu’après cette nuit, Barry retourne tranquillement au logement qu’il partage avec sa sœur. Selon cette dernière, il ne laisse rien paraître de particulier durant les jours suivants.
𝗟’𝗲𝗻𝗾𝘂ê𝘁𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗺è𝗻𝗲 à 𝘀𝗼𝗻 𝗮𝗿𝗿𝗲𝘀𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
Les plaintes des étudiantes déclenchent rapidement une enquête du Service de police de la Ville de Québec. Les policiers recueillent les témoignages et exploitent notamment les images des caméras de surveillance de la résidence.
Le 22 octobre 2016, soit une semaine après les faits, Thierno-Oury Barry est arrêté. Un autre étudiant, qui l’avait accompagné dans la résidence, est également interpellé, mais aucune accusation criminelle ne sera finalement retenue contre lui.
Le 26 octobre, le ministère public dépose douze chefs d’accusation contre Barry, portant notamment sur des introductions par effraction, des tentatives d’introduction et des agressions sexuelles commises lors de certaines intrusions.
L’affaire provoque une véritable onde de choc à l’Université Laval. Des étudiantes dénoncent le sentiment d’insécurité dans les résidences universitaires. Des manifestations sont organisées et la direction de l’établissement annonce un renforcement des mesures de sécurité.
Mais pour les victimes, les conséquences vont bien au-delà de la peur ressentie cette nuit-là. Certaines développent une peur persistante de dormir seules. Plusieurs voient leur parcours universitaire bouleversé. Selon les comptes rendus judiciaires, trois étudiantes ont interrompu leurs études et certaines ont quitté le Canada pendant une période.
𝗦𝗲𝘀 𝗽𝗮𝗿𝗲𝗻𝘁𝘀 𝘃𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲𝗻𝘁 𝗱𝗲 𝗙𝗿𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗼𝗯𝘁𝗲𝗻𝗶𝗿 𝘀𝗮 𝗹𝗶𝗯é𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
Après plusieurs semaines de détention, Barry bénéficie d’une nouvelle chance. Ses parents quittent la France pour venir au Québec et se porter garants de lui devant la justice.
Le 11 novembre 2016, le tribunal accepte de le remettre en liberté sous des conditions particulièrement strictes. Ses parents déposent une caution financière de 10 000 dollars canadiens.
Le jeune homme doit désormais rester sous la surveillance constante de son père ou de sa mère. Il ne peut quitter son domicile sans être accompagné de l’un d’eux. Il lui est également interdit de consommer de l’alcool et de communiquer avec les victimes. Ses passeports doivent être remis aux autorités.
Pendant plusieurs mois, il demeure ainsi en liberté dans l’attente de son procès. Mais en octobre 2017, la situation prend une nouvelle tournure. Barry est arrêté une seconde fois.
Il lui est reproché d’avoir violé ses conditions judiciaires, notamment en quittant son domicile sans surveillance parentale et en consommant de l’alcool. Cette fois, malgré les démarches de son avocate, la justice refuse sa remise en liberté. Il retourne derrière les barreaux.
𝗧𝗿𝗼𝗶𝘀 𝗮𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗹𝗲 𝘁é𝗺𝗼𝗶𝗴𝗻𝗮𝗴𝗲 𝗯𝗼𝘂𝗹𝗲𝘃𝗲𝗿𝘀𝗮𝗻𝘁 𝗱’𝘂𝗻𝗲 𝘃𝗶𝗰𝘁𝗶𝗺𝗲
Le 5 mars 2018, Thierno-Oury Barry comparaît devant la juge Réna Émond, au palais de justice de Québec. Il reconnaît sa culpabilité.
La Couronne et la défense s’entendent sur une peine de trois ans d’emprisonnement, que la juge accepte. Quatre mois de détention provisoire sont pris en compte. Une peine supplémentaire de quinze jours sanctionne le non-respect de ses conditions de liberté.
Le plaidoyer de culpabilité permet aux victimes d’éviter un procès au cours duquel elles auraient dû raconter leurs agressions. Mais l’une d’entre elles décide de prendre la parole devant le tribunal.
Face à son agresseur, elle raconte les conséquences psychologiques de cette nuit sur sa vie. Elle évoque cette peur persistante qui l’accompagne jusque dans son sommeil, cette impression de sentir encore les mains de l’homme qui s’était introduit dans sa chambre. Puis elle lui adresse ces mots : « Cette nuit-là, tu nous as détruites. »
Une déclaration particulièrement forte qui rappelle que derrière les procédures judiciaires se trouvent des vies durablement bouleversées.
𝗗𝗲 𝗹𝗮 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻 à 𝗹’𝗲𝘅𝗽𝘂𝗹𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗱𝘂 𝗖𝗮𝗻𝗮𝗱𝗮
La condamnation de Barry ne met pas seulement fin à son parcours universitaire. Elle entraîne également de graves conséquences sur son statut migratoire. En raison de sa condamnation criminelle, les autorités canadiennes engagent une procédure d’expulsion à son encontre.
Le 29 janvier 2019, après avoir purgé une partie de sa peine, Barry obtient une semi-liberté. Mais à sa sortie du pénitencier, ce ne sont pas ses proches qui l’attendent. Des agents de l’Agence des services frontaliers du Canada l’interpellent immédiatement.
Il est conduit à la prison de Rivière-des-Prairies, à Montréal, dans l’attente de son renvoi du territoire canadien. Les autorités lui offrent la possibilité de participer à certaines procédures administratives et de demander un examen des risques avant renvoi. Il choisit de ne pas déposer cette demande.
Le 6 février 2019, Thierno-Oury Barry est conduit à l’aéroport international Montréal-Trudeau, où les autorités canadiennes procèdent à son expulsion. Son départ sera rendu public quelques jours plus tard, le 18 février 2019. Ainsi s’achève son séjour au Canada, moins de trois ans après son arrivée à l’Université Laval.
𝗤𝘂’𝗲𝘀𝘁-𝗶𝗹 𝗱𝗲𝘃𝗲𝗻𝘂 𝗮𝗽𝗿è𝘀 𝘀𝗼𝗻 𝗲𝘅𝗽𝘂𝗹𝘀𝗶𝗼𝗻 ?
Depuis février 2019, aucune information publique fiable ne permet de retracer avec certitude les activités personnelles ou professionnelles de Thierno-Oury Barry. Son nom réapparaît essentiellement dans les articles d’archives et les rétrospectives consacrées aux agressions sexuelles survenues à l’Université Laval.
Cette affaire, qui a profondément marqué le milieu universitaire québécois, rappelle surtout les conséquences durables des violences sexuelles sur les victimes. Car si la condamnation et l’expulsion de Barry ont marqué la fin de son parcours canadien, pour plusieurs étudiantes, les conséquences psychologiques et universitaires de cette nuit d’octobre 2016 se sont prolongées bien au-delà.
Dr Lamoussa Diabaté
