LE POIDS DE L’HÉRITAGE : QUAND LA VÉRITÉ DOIT ÊTRE DITE*



Il y a des crises qui tombent du ciel, et il y en a d’autres qu’on prépare pendant des années sans le dire. Celle que traverse aujourd’hui le Sénégal appartient à la seconde catégorie. Elle a un responsable identifiable : l’ancien Président Macky Sall, et la manière dont il a dirigé le pays pendant douze ans, au-delà de l’entêtement sur le choix et la méthode de sortie de crise de l’ancien Premier Ministre Ousmane Sonko.

*Un héritage lourd, une dette qui étouffe*
Pendant plus d’une décennie, la gestion des finances publiques s’est faite dans une opacité qui, aujourd’hui, éclate au grand jour. Des emprunts contractés à un rythme soutenu, des montages financiers dont la logique économique reste à établir, et surtout, des chiffres qui ne correspondaient pas à la réalité communiquée aux Sénégalais. Quand la vérité sur le niveau réel de l’endettement a fini par apparaître, elle a dépassé de loin ce que les institutions elles-mêmes croyaient savoir.
Ce n’est pas une malchance, ni un concours de circonstances extérieures qui pèse aujourd’hui sur le budget de l’État. C’est le prix à payer pour des choix pris loin des regards, sans que le parlement, les citoyens ou même certains partenaires techniques et financiers n’aient une vision claire de l’ampleur des engagements pris au nom du pays.

*Le courage de dire la vérité*
Face à cette situation, le Président Bassirou Diomaye Faye avait deux options. La première, la plus confortable politiquement : gérer discrètement l’héritage, étaler la dette, éviter le sujet en espérant que le temps efface les traces. La seconde, la plus exigeante : dire aux Sénégalais ce qu’il en est réellement, quitte à en subir immédiatement les conséquences politiques.
Il a choisi la seconde voie. Un choix qui coûte cher à court terme par une inquiétude des marchés, une prudence des agences de notation et une pression accrue des créanciers, mais qui pose les bases d’une reconstruction sur des fondations saines plutôt que sur un mensonge prolongé. Peu de dirigeants acceptent d’endosser publiquement le poids d’une crise qu’ils n’ont pas créée. C’est pourtant ce qu’il a fait, en assumant une transparence qui n’était pas obligatoire mais qui était nécessaire.
Cette responsabilité assumée se traduit concrètement par la mise en œuvre d’audits engagés, de mécanismes de contrôle renforcés et une rupture affichée avec les pratiques du passé. L’enjeu n’est pas seulement de gérer l’urgence, mais de rebâtir une gouvernance financière crédible, condition sans laquelle aucune confiance durable ne peut se reconstruire, ni avec les créanciers, ni avec les investisseurs, ni surtout avec les citoyens.
L’accord de principe d’un programme conclu avec le FMI est la base d’un retour à la confiance et le signe d’un espoir.

*Ne pas confondre celui qui hérite et celui qui a créé la situation*
Le débat public gagnerait en honnêteté s’il évitait de mélanger deux choses : la gouvernance qui a produit une crise et celle qui doit aujourd’hui la résoudre. Les difficultés actuelles ne naissent pas des décisions prises depuis avril 2024 ; elles en sont le point de départ imposé. Juger le Président Diomaye Faye et son gouvernement sur leur capacité à transformer cet héritage en redressement est légitime. Leur en attribuer la responsabilité première ne l’est pas.

*Papa Lamine Diop*
*Cadre de l’aviation civile, expert et instructeur en sûreté*.
*Spécialiste en communication politique*

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