ROX LA CHANCELIÈRE DERRIÈRE LES BARREAUX : AVONS-NOUS INTÉRÊT À PUNIR UNE FEMME QUI VEUT DÉSORMAIS SERVIR ?



Lettre ouverte au Procureur Saliou Dicko et à tous ceux qui se sont sentis offensés
Il y a des moments où une société doit savoir être ferme mais il y a aussi des moments où elle doit savoir être intelligente et je crois que l’affaire de Rokhaya Fall, plus connue sous le nom de Rox la Chancelière, nous offre précisément l’occasion de nous poser cette question : que faisons-nous d’une personne qui reconnaît ses erreurs et qui affirme vouloir changer ?

Rokhaya est aujourd’hui en état d’arrestation.
Elle a reconnu ses erreurs , elle a compris qu’elle était allée trop loin , elle a présenté des regrets,
Alhamdoulilah et si nous considérions cette prise de conscience comme le début d’une reconstruction plutôt que comme la fin d’une vie sociale ?

Je ne demande pas au procureur Saliou Dicko de renoncer à ses responsabilités , je ne demande pas à la justice de fermer les yeux , je demande simplement que, dans l’exercice de cette justice, l’humain ne soit jamais oublié car quelque chose d’important s’est produit entre-temps.
Rox la Chancelière a découvert qu’elle pouvait utiliser sa formidable capacité de mobilisation autrement.
Elle s’est engagée dans le social.
Avec ses followers, elle aurait réussi à mobiliser plus de 12 millions de francs CFA en faveur de femmes atteintes du cancer.
Douze millions de francs CFA pour des femmes qui souffrent.
Douze millions qui ont permis, à leur niveau, de redonner un peu d’espoir à des familles confrontées à l’une des épreuves les plus terribles de la vie.
Aujourd’hui , son ambition serait d’aller encore plus loin, avec l’objectif de mobiliser 50 millions de francs CFA pour continuer à soutenir ces femmes , boula pourquoi je pose cette question :
Est-ce que notre société gagnerait davantage à enfermer Rox la Chancelière ou à lui donner l’occasion de devenir Rox la Servante de la communauté ?

La prison peut sanctionner mais parfois, la responsabilité peut transformer.
Une femme qui a compris qu’elle pouvait utiliser son influence pour aider des malades, mobiliser des fonds et accompagner des personnes vulnérables peut-elle être définitivement réduite à ses erreurs passées ?
Je pense que non.
C’est  précisément pour cette raison que je lance cet appel au procureur Saliou Dicko.
Monsieur le Procureur, regardez aussi ce qu’elle peut encore devenir.
Regardez cette jeune femme qui a compris qu’une audience sur TikTok pouvait servir à autre chose qu’à provoquer ou à polémiquer.
Regardez cette influence qu’elle peut désormais mettre au service des autres.
Regardez ces femmes atteintes du cancer qu’elle veut continuer à soutenir.
Regardez cette petite famille qui, en cette période de rentrée scolaire, a besoin de sa présence et surtout, regardez cette possibilité extraordinaire : transformer une sanction en véritable leçon de vie.
Si la loi permet une mesure de clémence, une mesure alternative ou toute autre décision permettant de concilier justice, responsabilité et réinsertion, pourquoi ne pas l’envisager ?
Ce serait une manière de dire à Rokhaya :
« Nous avons entendu ton repentir. Maintenant, prouve-nous que tu as changé. »
A ceux qui se sont sentis offensés par ses paroles ou ses comportements, j’adresse également cet appel.
Pardonnez si vous le pouvez , le pardon ne signifie pas que la faute n’a jamais existé.
Le pardon signifie parfois simplement que nous refusons de condamner un être humain à rester prisonnier de sa pire version.
Nous sommes à quelques semaines d’Octobre Rose, ce mois consacré à la lutte contre le cancer du sein et voilà que nous avons devant nous une femme qui, précisément, veut consacrer une partie de son influence à ces femmes malades.
Quel paradoxe !
Alors que nous allons multiplier les campagnes pour appeler à la solidarité avec les malades du cancer, pourquoi ne pas permettre à celles et ceux qui veulent contribuer à cet effort de le faire ?
Je ne dis pas que Rokhaya doit échapper à la justice.
Je dis qu’elle mérite peut-être une chance de démontrer que son repentir est sincère.
La société sénégalaise a besoin de sanctions lorsqu’elles sont nécessaires mais  elle a également besoin de seconde chance.
Nous ne pouvons pas demander aux gens de changer et, lorsqu’ils changent, refuser de leur ouvrir la porte.
Nous ne pouvons pas dire à un jeune :
« Reconnais ton erreur, relève-toi et fais mieux », puis lui fermer toutes les portes lorsqu’il essaie précisément de le faire.
Alors, que voulons-nous de Rox la Chancelière ?
Qu’elle sorte de prison sans avoir rien compris ?
Ou qu’elle sorte de cette épreuve avec une nouvelle mission ?
Qu’elle utilise sa popularité pour aider les femmes atteintes du cancer.
Qu’elle mobilise ses followers pour le bien.
Qu’elle transforme ses excès passés en expérience.
Qu’elle apprenne à mesurer ses paroles.
Qu’elle devienne une influenceuse qui influence positivement.
Voilà peut-être la véritable sanction : lui donner une chance, mais lui demander de mériter cette chance chaque jour.
Monsieur le Procureur Saliou Dicko,
La décision vous appartient.
Vous êtes le magistrat.
Vous avez la responsabilité de faire respecter la loi mais  permettez à ceux qui regardent cette affaire avec un peu d’humanité de vous demander une chose :
si la loi vous en donne la possibilité, accordez-lui la chance de réparer autrement.
Quand à Rokhaya, je voudrais dire :
Cette deuxième chance, si elle t’est accordée, ne la gaspille surtout pas.
Prouve à ceux qui ont douté de toi qu’une personne peut tomber et se relever.
Prouve que les réseaux sociaux peuvent servir à sauver des vies et non à détruire des réputations.
Prouve que les 12 millions déjà mobilisés ne sont que le début et surtout, va chercher ces 50 millions pour les femmes atteintes du cancer.
Ce jour-là, peut-être, beaucoup de ceux qui te condamnent aujourd’hui seront les premiers à reconnaître que tu avais compris quelque chose d’essentiel :
l’influence n’est pas un pouvoir pour écraser les autres.
C’est un pouvoir pour les aider.
Alors, au nom de cette intelligence sociale dont notre société a tant besoin, je lance cet appel :
Justice, oui.
Responsabilité, oui.
Mais lorsque la loi le permet : pardon, réinsertion et seconde chance.
Parce qu’une société véritablement forte n’est pas celle qui enferme tous ceux qui chutent , c’est celle qui sait aussi tendre la main à ceux qui veulent se relever.

Baba Aïdara , Journaliste d’Investigation

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