Il est 15 heures, ce mardi. À Touré Fass, dans la commune de Darou Marnane, le village semble retenir son souffle. Après le repas de midi, les habitants se sont retirés dans leurs concessions pour une sieste bien méritée. Les rues sont vides. Les ruelles sont silencieuses et seuls le chant lointain d’un coq ou le bourdonnement d’une mouche viennent troubler la quiétude ambiante.
C’est à ce moment que Ndeye Fatou Dieng,aurait choisi de passer à l’acte. Elle sait que son mari est absent. Elle sait également que sa coépouse l’est aussi. Elle se retrouve seule avec les enfants. Dans la chambre conjugale, trois enfants jouent. Ils ont tous 3 ans. Le fils de sa coépouse et ses propres jumeaux.
Trois petits êtres innocents, encore en âge de sourire, de tendre les bras et de réclamer l’affection de leur mère. Ndeye Fatou Dieng,entre et ferme la porte derrière elle. Dans sa main, un couteau. Son premier regard se porte sur le fils de sa coépouse. Sans un mot, sans une hésitation, elle lui fait face. Le petit garçon, peut-être ne réalise-t-il pas ce qui se prépare. Mais personne n’intervient. La lame s’abat à bout portant. L’enfant est égorgé.
Un mobile encore flou et une enquête en cours
Sous les yeux de ses propres jumeaux qui regardent, effrayés, leur mère commet l’irréparable. Mais Ndeye Fatou Dieng ne s’arrête pas là. Elle se tourne vers ses propres enfants. Ses jumeaux. Ceux qu’elle a portés, nourris et aimés. Elle les poignarde à tour de rôle. Deux coups de couteau au ventre pour chacun. Deux coups fatals. Les enfants s’effondrent, baignant dans leur sang. Leurs cris, s’ils en ont encore la force, se perdent dans le silence de la sieste. Après l’horreur, Ndeye Fatou Dieng,se retourne contre elle-même. Comme avec les enfants, elle a décidé d’en finir avec elle-même aussi. Elle enfonce son arme dans son propre abdomen. Un coup violent et profond qui ne l’arrête pas. Ce mardi, cette mère de famille a décidé d’en finir. Avec tout.
Dans son esprit, les premiers témoignages disent qu’elle aurait voulu que tout brûle, que rien ne reste. Alors, elle met le feu à la chambre, là où gisent déjà les trois petits corps, violemment frappés. Les flammes jaillissent, dévorent les rideaux, les nattes et les vêtements. L’endroit devient un enfer. Les trois enfants, déjà morts ou mourants, sont livrés aux flammes. Ndeye Fatou Dieng,, elle, reste là, dans cet enfer qu’qu’elle a elle-même allumé, attendant la mort. Les flammes s’échappent de la chambre. Elles lèchent les murs, gagnent le toit et menacent tout le domicile. Les villageois, tirés de leur sieste par l’odeur âcre de la fumée, accourent. Ils pensent à un incendie accidentel. Ils ne savent pas encore. Ils ne peuvent pas imaginer.
Ils forcent la porte. Et là, l’horreur. Quatre corps baignant dans une mare de sang. Les flammes qui dansent autour d’eux. L’odeur du sang mêlée à celle du brûlé. Les cris des secouristes. Le chaos. La panique. Les villageois s’organisent. Ils évacuent les victimes au district sanitaire de Darou Marnane. Mais les blessures sont trop graves. Nd. F. Dieng et ses deux jumeaux sont transférés à l’hôpital Cheikh Ahmadou Khadim de Touba, tandis que le corps du petit garçon de la coépouse est déposé à la morgue. Quelques instants après leur arrivée à Touba, l’un des jumeaux succombe. Il n’aura pas survécu à ses blessures. Il rejoint dans la mort son frère, l’enfant d’une autre mère.
Pourquoi un tel crime ? Pourquoi une telle violence ? Les enquêteurs n’ont pas encore pu interroger Nd. F. Dieng. Elle est grièvement blessée. Mais déjà, des proches murmurent. Elle ne jouirait pas de toutes ses facultés mentales. Elle serait atteinte de troubles mentaux depuis un certain temps. Une explication qui reste à confirmer, tout comme le déroulement exact de la scène du meurtre.
Pour le moment, tout n’est que supposition ou repose sur les premiers constats. Pour les pandorеs de la brigade de gendarmerie de Darou Marnane qui se sont déployés à la maison mortuaire, il s’agit désormais d’apporter des réponses avec l’enquête ouverte. La vérité sur ce qui s’est réellement passé entre ces quatre murs de la chambre conjugale dépendra en grande partie de la survie de Nd. F. Dieng, supposée coupable.
Thierno Gueye
