Le tribunal des flagrants délits de Dakar a jugé, ce vendredi, l’affaire du vol de bijoux survenu le 24 juillet 2026 au domicile de l’animatrice de la TFM, Awa Traoré, alias Eva Tra.
Deux prévenus comparaissaient à la barre : il s’agit de Mouhamed Coulibaly, 40 ans, commerçant domicilié à Taïba Niassène, poursuivi pour escroquerie portant sur des bijoux estimés à 14 millions de FCFA, et de Baye Guèye, 41 ans, peintre domicilié dans la même localité, poursuivi pour recel.
Selon l’accusation, M. Coulibaly a déjà été condamné à 6 mois pour des faits d’abus de confiance. À la barre, les deux prévenus ont contesté les faits qui leur sont reprochés, malgré les éléments techniques versés au dossier.
Le fils d’Eva Tra raconte comment il a remis les bijoux
B. W. Seck, fils d’Awa Traoré, avec qui les auteurs présumés étaient entrés en contact, a livré le récit de la manœuvre : « Il a appelé sur le fixe. Il s’est présenté comme un agent de la Sonatel. Il m’a dit que le Wi-Fi devait être coupé et qu’on allait payer le double. Je lui ai répondu que je ne gérais pas les factures. Il n’a pas raccroché et m’a demandé mon numéro », a-t-il raconté. Selon son récit, son interlocuteur lui a ensuite affirmé avoir échangé avec sa mère et lui avoir demandé de lui remettre les bijoux. « Il m’a demandé de défoncer la porte de l’armoire. Je l’ai fait. Il m’a demandé de remettre le sac au chauffeur de taxi. Ce que j’ai fait », a déclaré le jeune garçon.
Eva Tra : « Je pense que c’est un réseau »
À son tour, Eva Tra a raconté les circonstances dans lesquelles elle a découvert le vol. « C’était un vendredi, j’étais à l’atelier de couture avec mes amis. Il y avait beaucoup d’appels sur mon téléphone, des numéros privés et des numéros Tigo. Il y avait même un troisième numéro », a-t-elle expliqué. Elle raconte avoir reçu un appel d’un individu qui faisait semblant. « Ils m’ont appelée sur le numéro 76… en disant : “Allô maman ?” J’ai dit oui. Après qu’ils ont pris les bijoux, je suis entrée en contact avec eux. Je pense que c’est un réseau », a déclaré Eva Tra.
La victime affirme avoir négocié pendant 17 minutes avec ses interlocuteurs. Ceux-ci lui auraient ensuite dit que ses bijoux avaient été volés par des personnes qui les leur avaient remis et lui ont demandé d’identifier certains bijoux, notamment les pièces 18 et 21. « Ce qui me fait vraiment mal, c’est qu’ils m’ont insultée à la fin », a-t-elle confié.
Baye Guèye conteste ses déclarations à l’enquête
Interrogé, Baye Guèye a nié toute implication. Il affirme qu’il se trouvait à Kaolack dans le cadre de ses activités de peintre. Le juge lui a toutefois rappelé les déclarations qu’il aurait faites devant les enquêteurs. Selon ces éléments, le prévenu avait reconnu avoir reçu 400 000 FCFA à titre de commission après la vente des bijoux. « J’ai utilisé cet argent pour acheter les médicaments de ma mère malade », a-t-il déclaré lors de l’enquête.
À la barre, Baye Guèye a changé de version, affirmant que les enquêteurs lui avaient attribué ces déclarations après l’avoir brutalisé.
Le dossier fait également état d’un voyage en Gambie avec Mouhamed Coulibaly pour vendre l’or. Baye Guèye a formellement contesté avoir tenu de tels propos devant les enquêteurs.
Mouhamed Coulibaly a, lui aussi, rejeté les accusations. « J’ai un seul téléphone, de marque Oppo », a-t-il déclaré. La présidente lui a toutefois opposé les réquisitions techniques versées au dossier, faisant état d’un téléphone Motorola dont l’IMEI a été localisé. Selon les éléments de l’enquête, Mouhamed Coulibaly a utilisé son numéro ainsi que celui de son épouse pour appeler le téléphone fixe d’Awa Traoré.
Le prévenu reconnaît que l’appareil lui appartenait, mais soutient l’avoir confié à sa femme avant que le téléphone ne soit égaré dans une forêt depuis longtemps.
La Sonatel réclame un million
Constituée partie civile, la Sonatel, représentée par Me Moulaye Kane, a demandé que Mouhamed Coulibaly soit déclaré coupable d’usurpation de fonction civile de la Sonatel. L’avocat a estimé que les faits portaient gravement atteinte au fonctionnement et à l’image de l’entreprise. Il a réclamé un million de FCFA en réparation du préjudice.
Du côté d’Eva Tra, Mes Aboubacry Barro et Fatoumata Sall ont plaidé la culpabilité des prévenus. Me Barro a qualifié les prévenus d’« escrocs intelligents » et demandé l’installation de la Sonatel dans la cause, car, pour lui, l’opérateur est aussi fautif. Pour le compte de la plaignante, il a réclamé 100 millions de FCFA au titre de dommages et intérêts.
Me Fatoumata Sall a, elle, évoqué l’existence présumée d’une bande transfrontalière opérant entre le Sénégal et la Gambie. Selon elle, le dossier aurait dû faire l’objet d’une information judiciaire. La robe noire a notamment insisté sur la multiplicité des appels. « Ils ont émis 17 appels pour que Mme Awa Traoré ne puisse pas appeler son fils, ou vice versa », a-t-elle soutenu.
Les observations du procureur
Dans son réquisitoire, le procureur de la République est revenu sur le scénario du 24 juillet. Selon le ministère public, des individus ont utilisé la ligne fixe du domicile d’Awa Traoré et sont tombés sur son fils. Celui-ci aurait été manipulé avant de rassembler les biens de sa mère et de les remettre à un chauffeur de taxi.
Après la plainte de la victime, les investigations ont permis, selon le parquet, de localiser un numéro de téléphone à Kaolack, notamment à Taïba Niassène. Le procureur s’est appuyé sur les éléments techniques et les déclarations recueillies au cours de l’enquête. « Il y a des preuves techniques et des aveux circonstanciels », a-t-il soutenu, avant d’écarter le changement de version de Baye Guèye.
Le représentant du ministère public a également relevé les antécédents judiciaires des prévenus, estimant qu’il s’agissait de personnes déjà condamnées et qui ne seraient pas prêtes à s’amender. Après ses observations, le procureur de la République a requis 5 ans d’emprisonnement ferme contre chacun des deux prévenus.
La défense invoque le doute
Pour la défense de Mouhamed Coulibaly, Me Abdou Aziz Diop a contesté le lien établi entre son client et les faits. L’avocat a expliqué que Coulibaly n’avait pas été arrêté à Taïba Niassène. Il avait, selon lui, été convoqué à la Brigade de recherches de Kaolack dans une autre affaire portant sur des machines destinées à la culture, avant d’être libéré. Les enquêteurs ont ensuite fait le rapprochement avec le dossier Eva Tra. Me Diop a contesté la valeur des réquisitions techniques de la Sonatel. « Il n’y a aucune réquisition avec la signature de la Sonatel », a martelé l’avocat.
Reconnaissant la gravité des faits, il a toutefois rappelé qu’« on ne condamne pas sur le doute ». Selon lui, le téléphone Motorola attribué à son client a cessé d’être actif depuis le 14 avril 2025. « Si Mouhamed Coulibaly est coupable des faits, ce sera une surprise pour moi. Car je le connais bien », a déclaré Me Diop, qui a décrit son client comme un commerçant bénéficiant de la confiance des banques et attendant un financement de 30 millions de FCFA destiné à investir dans l’hivernage. La défense a sollicité la relaxe de Mouhamed au bénéfice du doute.
Le tribunal a donné la parole à Baye Guèye qui n’a pas de conseil pour sa défense. Le prévenu a demandé la clémence du tribunal.
L’affaire a été mise en délibéré au 9 octobre 2026.
Doudou diop
