Au Sénégal, certains ont la transparence dans la bouche, mais des serrures dans les placards. Aminata Touré, alias Mimi, réclame à cor et à cri une commission d’enquête parlementaire sur le fond « Jaam » de la Casamance. Mais avant de jouer les procureurs de la République dans les meetings de Kiiraay, une petite question vient gratter le vernis : et le rapport de l’IGE du 15 juin 2021 sur ta gestion du CESE, on en fait quoi ? Un dossier à ouvrir ou un vieux chiffon à oublier ?
Voilà une dame qui réclame la lumière chez les autres. Mais quand le projecteur menace de pivoter vers son propre passage au Conseil économique, social et environnemental, le Sénégal est en droit de demander si la transparence doit aussi traverser sa cour. Car la reddition des comptes n’est pas un buffet politique où l’on choisit les plats qui arrangent et où l’on renvoie les autres en cuisine.
La commission d’enquête ne doit pas être un gourdin pour les adversaires et un parapluie pour les amis. Si « Jaam » mérite des explications, que les faits soient examinés. Si le rapport de l’IGE appelle lui aussi des éclaircissements, qu’on le sorte des tiroirs et qu’on en vérifie les conclusions. Même exigence, même rigueur, mêmes règles. Le reste, c’est de la transparence en vitrine et de l’opacité en arrière-boutique.
Alors, Monsieur le Président, faut-il encore garder le « thionthe » sur ce dossier ? Si les conclusions du rapport de l’IGE justifient des suites, que les institutions compétentes prennent leurs responsabilités. Pas besoin de lynchage médiatique, mais pas question non plus de transformer les archives de la République en cimetière des questions embarrassantes.
Mimi réclame des enquêtes ? Qu’elle ne s’étonne donc pas que l’on réclame des réponses. Qui exige la lumière ne peut pas choisir l’angle du projecteur, encore moins décider qui doit rester dans l’ombre.
Le Sénégal n’a que faire des vierges effarouchées de la gouvernance, de ces justiciers qui distribuent les convocations morales avec la générosité d’un marchand de cacahuètes, mais deviennent soudain allergiques aux questions sur leur propre bilan.
La règle est pourtant simple : « Jaam » si nécessaire, CESE si les faits le justifient, et tout autre dossier qui mérite un examen sérieux. Ni règlement de comptes ni enterrement de complaisance.
Parce qu’au royaume de la transparence sélective, les donneurs de leçons finissent toujours par découvrir que les tiroirs ont de la mémoire. Et que les rapports, eux, n’ont pas de carte de parti.
Malick BA
