Le Sénégal a levé 101 milliards FCFA sur le marché régional, lors de sa première émission depuis l’annonce d’un traitement de sa dette extérieure. Les rendements sont restés globalement stables, signe que les investisseurs de l’UEMOA ne sanctionnent pas, pour l’instant, la nouvelle stratégie de Dakar.
Premier passage sur le marché, premier test réussi. Le Sénégal a mobilisé 101 milliards FCFA (environ 179 millions de dollars) vendredi 11 septembre sur le marché des titres publics de l’UEMOA, quelques jours après avoir annoncé son intention de négocier un traitement de sa dette extérieure.
Pour une offre initialement fixée à 100 milliards FCFA, les investisseurs ont soumis 109 milliards FCFA, selon les données d’UMOA-Titres. Dakar a ainsi retenu la quasi-totalité des soumissions.
Plus significatif encore, l’annonce des discussions à venir avec les créanciers extérieurs ne s’est pas traduite par une brusque hausse du coût du financement en monnaie locale. Le rendement moyen des obligations à cinq ans s’est établi à 7,89 %, contre 8,24 % lors de l’adjudication précédente du 28 août. Les bons du Trésor à un an ont affiché un rendement moyen de 7,87 %, tandis que les obligations à trois ans sont ressorties à 7,75 %.
Le signal est d’autant plus suivi que le Sénégal avait augmenté de près de 43 % le montant recherché par rapport à sa précédente opération. La demande, elle, a légèrement reculé, sans remettre en cause la capacité du Trésor à mobiliser les ressources visées.
Cette relative stabilité tient notamment au périmètre du traitement de dette envisagé par Dakar. Les autorités sénégalaises ont indiqué que les engagements libellés en franc CFA seraient exclus de l’opération. Le risque de voir les titres détenus par les banques et investisseurs de l’UEMOA directement concernés par une restructuration apparaît donc, à ce stade, limité.
Le marché régional préservé, le front extérieur sous tension
La situation est plus délicate sur le front extérieur. Le gouvernement sénégalais et le Fonds monétaire international (FMI) ont annoncé le 1er septembre un accord au niveau des services sur un nouveau programme de financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Dans ce cadre, Dakar prévoit d’engager un « traitement » de sa dette dans le cadre commun du G20.
Les autorités privilégient le terme de reprofilage, qui pourrait notamment passer par un allongement des maturités et une renégociation des taux d’intérêt, plutôt qu’une restructuration impliquant nécessairement une réduction du principal. En attendant l’ouverture de ces négociations, Dakar continue d’assurer le service de sa dette extérieure. Les autorités avaient engagé dès le 3 septembre le processus de transfert destiné au paiement du coupon de l’Eurobond en dollars à échéance 2048, dû le 13 septembre.
Les discussions avec les détenteurs d’obligations internationales s’annoncent néanmoins serrées. Un groupe de créanciers récemment constitué a prévenu qu’il chercherait à obtenir un traitement « équitable et soutenable » reposant sur des hypothèses économiques crédibles et un partage équilibré de l’effort entre créanciers. Le groupe, conseillé par le cabinet White & Case, estime que la charge devra être répartie conformément aux meilleures pratiques internationales.
Fiacre E. Kakpo
