*DPG d’Al Amine Lô : le temps des intentions laisse place à l’épreuve des résultats*

La Déclaration de politique générale du Premier Ministre Al Amine Lô délivre un message de responsabilité, de continuité, de rigueur et de résultats. Au-delà de la présentation d’un programme, elle cherche à fixer une méthode de gouvernement dans un contexte marqué par de fortes turbulences économiques et financières, des contraintes budgétaires importantes et des attentes sociales particulièrement élevées.

Le premier enseignement de cette DPG est celui de la responsabilité. Le Gouvernement assume le contexte difficile et entend inscrire son action dans la continuité de l’Agenda Sénégal 2050 et du PRES. Le choix du partenariat avec le FMI est défendu comme un instrument de stabilisation, sans renoncer à l’objectif de souveraineté. Mais cette souveraineté ne saurait être seulement financière ou politique : elle devra devenir productive, industrielle, alimentaire, énergétique, technologique et humaine. Elle se mesurera à la capacité du Sénégal à produire davantage, transformer localement ses ressources, créer des emplois et réduire ses dépendances.
Sur le plan économique, le véritable enjeu sera de transformer la stabilisation financière en croissance productive. La rigueur budgétaire ne peut être une fin en soi. Elle doit permettre de restaurer la confiance, de libérer l’investissement, de soutenir le secteur privé, de renforcer les PME et de créer les conditions d’une économie plus compétitive et créatrice d’emplois. La question centrale sera donc de savoir comment passer de l’assainissement des comptes publics à une véritable dynamique de transformation économique.
Sur le plan social, le Gouvernement demande de la patience, des efforts et de la mobilisation. Mais la patience des populations ne peut être durable que si elle s’accompagne de résultats visibles. Le pouvoir d’achat, l’emploi, le coût de la vie, la santé, l’éducation, le logement, les transports, l’eau et l’électricité constitueront les véritables thermomètres de l’action gouvernementale. Les Sénégalais accepteront d’autant mieux les sacrifices qu’ils percevront leur utilité et pourront mesurer les progrès accomplis.
L’autre grande bataille sera celle du management public. La réussite de la DPG dépendra moins du nombre d’annonces que de la capacité de l’État à passer d’une administration de moyens à une administration de résultats. Objectifs précis, indicateurs de performance, responsabilités clairement établies, calendrier d’exécution, évaluation régulière et reddition des comptes devront devenir les piliers d’une nouvelle culture gouvernementale. La rupture, si elle veut être crédible, devra également se traduire par une transformation des pratiques de gouvernance.
L’emploi constituera probablement le test social et politique le plus décisif. La jeunesse ne demande plus seulement des programmes : elle attend des compétences, des financements, des activités économiques, des marchés et des emplois durables. Cela suppose une meilleure articulation entre formation professionnelle, apprentissage, entrepreneuriat, industrialisation, agriculture, numérique, économie sociale et solidaire et développement territorial. La question sera simple : combien d’emplois productifs et durables les politiques annoncées permettront-elles réellement de créer ?
La territorialisation sera également déterminante. Le Sénégal ne peut être transformé à partir de Dakar uniquement. Les territoires doivent devenir des espaces de production, d’innovation, d’investissement et de création d’emplois. La décentralisation devra ainsi évoluer vers une véritable territorialisation des politiques publiques, fondée sur les potentialités et les avantages comparatifs de chaque territoire.
Le capital humain constitue, à cet égard, le socle de toute ambition de souveraineté. L’éducation, la formation professionnelle et technique, l’alphabétisation, les compétences numériques et la formation continue devront être placées au cœur de la transformation. L’alphabétisation elle-même doit dépasser la logique du simple apprentissage de la lecture et de l’écriture pour devenir un véritable instrument d’autonomisation, d’employabilité, d’entrepreneuriat et d’inclusion économique.
Sur le terrain politique, le message semble également appeler à sortir de la confrontation permanente. Le débat démocratique doit progressivement se déplacer de la polémique vers les résultats, les solutions et l’intérêt national. La justice, quant à elle, devra contribuer à réconcilier sans effacer, juger sans persécuter et garantir l’égalité des citoyens devant la loi.
À l’extérieur, le Sénégal entend coopérer avec ses partenaires tout en préservant ses intérêts et sa capacité de décision. Cette conception de la souveraineté ne signifie pas l’isolement, mais la capacité à négocier, diversifier les partenariats et transformer les ressources et les avantages géographiques du pays en puissance économique réelle. Les ressources naturelles, la position stratégique du Sénégal, sa diaspora et son potentiel entrepreneurial doivent être convertis en investissements productifs et en emplois.
Au fond, cette DPG peut être lue comme la formulation d’un nouveau contrat de performance entre l’État et les citoyens : le Gouvernement demande du temps et des efforts ; les populations demandent de la transparence, de la justice et des résultats.
C’est pourquoi la véritable question n’est plus seulement : « Que promet le Gouvernement ? » Elle devient : « Qu’est-ce qui aura concrètement changé dans la vie des Sénégalais ? »
Le cap est celui de la souveraineté et de la transformation. La méthode est celle de la rigueur, du dialogue, de l’évaluation et de la responsabilité. L’objectif est la création de richesse, d’emplois et de meilleures conditions de vie.
En définitive, la DPG d’Al Amine Lô ouvre une nouvelle phase dans laquelle l’intention politique devra désormais être confrontée à la réalité de l’exécution. Le Gouvernement pourra expliquer les contraintes, justifier les arbitrages et demander des sacrifices. Mais, au bout du compte, les Sénégalais le jugeront sur une seule chose :
LES RÉSULTATS.

Alioune Ndiaye
Expert en développement international
Écrivain
Agent au Ministère de l’Emploi et de la FPT
Professeur vacataire à la FST UCAD

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