Winckelmann, le savant qui a appris à l’Europe à regarder les statues grecques, avait ce regard supérieur.
Il ne voyait pas la pierre, mais l’idée qui avait obligé la pierre à devenir belle.
Il a compris une chose, que l’émotion écrite avec grâce ne se transmet pas.
La couleur du style est la violence de l’effet.
Les gens qui t’ont le plus touché ne sont pas ceux qui ont le plus souffert, mais ceux qui te l’ont laissé deviner à un détail près, et qui ont parlé d’autre chose. Une main qui tremble en tenant une tasse, et tu as tout compris.
Parce que l’amour n’est pas une erreur d’appréciation, c’est une création.
On ne se trompes pas sur l’autre, on l’a crée, comme le Grec créait le sublime dans le marbre.
Et le beau n’est que la promesse du bonheur, dixit Stendhal nous réveille de bon matin.
Tout est dans le mot promesse, rien n’est garanti. La beauté ne te donne pas le bonheur, elle t’annonce sa possibilité.
Elle dit, cela pourrait exister, c’est pour cela qu’elle fait si mal.
Pourquoi si peu osent ?
Parce que la peur du ridicule est l’une des forces les plus puissantes de l’existence humaine, plus forte que la peur de la mort. L’homme préfère mourir que d’être ridicule.
C’est pour cela qu’il y a si peu de statues.
L’Homme est un miroir qui se projette sur une grande route. Tantôt il reflète la lueur du sage, tantôt la fange des bourbiers.
Le miroir n’est pas coupable mais fidèle.
C’est la route qui est sale.
Alors la sincérité est un luxe d’homme perdu ! Faut-il tout perdre pour cesser de mentir ?
Tant que tu as quelque chose à gagner, tu joues un rôle. Sommes-nous condamnés aux rôles tant que nous avons des choses à gagner ?
Le salaire, c’est le masque.
L’équation, limpide de Dirac, la clarté de la critique de Pauli, et la précision de Cheikh Anta Diop quand il mettait du carbone 14 sur le mensonge de l’Histoire, ont façonné les esprits de précision divine.
Chacun de nous porte sa propre cellule possible.
Ta liberté et ta prison sont à l’intérieur avec la clé y compris.
Doudou Sarr Auteur-Écrivain
