Il arrive dans l’histoire des peuples que les crises ne soient plus seulement des crises de circonstances, mais deviennent des crises de conscience.
Des moments où l’humanité dispose de plus de connaissances, mais de moins de sagesse ; de plus de moyens, mais de moins de mesure ; de plus de communication, mais parfois de moins de vérité ; de plus de richesses, mais de moins de partage ; de plus de puissance, mais de moins de maîtrise de soi.
Notre époque semble traversée par cette étrange contradiction !
L’homme moderne a appris à conquérir l’espace, à transformer la matière, à accélérer le temps et à abolir les distances. Mais il demeure parfois incapable de vaincre l’ignorance, le mensonge, l’orgueil, l’avidité, l’égoïsme, la cupidité, la haine, l’injustice, l’indifférence et la perte du sens de la responsabilité.
Aucune civilisation ne peut durablement se sauver si elle perfectionne ses instruments tout en négligeant les consciences qui les utilisent.
Dans les périodes d’égarement, l’humanité a besoin de repères qui dépassent les modes, les intérêts et les passions.
Pour les croyants, la mission prophétique n’est pas seulement l’enseignement d’une doctrine ; c’est aussi l’éducation d’un être humain capable de vérité, de justice, de compassion, de patience, de maîtrise de soi et de responsabilité.
Le premier désastre de toute société est peut-être celui qui touche sa relation à la vérité.
Lorsque le mensonge devient banal, la confiance disparaît.
Lorsque la confiance disparaît, les relations se fragilisent.
Lorsque les relations se fragilisent, les institutions elles-mêmes perdent leur crédibilité.
Le Sceau des Prophètes (PSL) n’a pas seulement enseigné des principes. Il les a incarnés. Il a donné à la vérité un visage ; à la justice, un comportement ; à la patience, une dignité ; à la miséricorde, une présence ; à l’humilité, une noblesse ; à la confiance en notre Seigneur, une force.
Quelle extraordinaire leçon pour notre époque !
La vérité ne doit pas être une valeur que l’on défend seulement lorsqu’elle sert nos intérêts. La vérité n’est pas seulement ce que nous proclamons ; elle est ce que nous acceptons lorsque nous sommes nous-mêmes mis à l’épreuve.
Notre époque accorde une place immense au paraître.
L’image peut parfois devenir plus importante que la réalité, la réputation plus importante que la vertu, l’apparence plus importante que l’intention.
La sincérité consiste à faire le bien sans avoir besoin d’être applaudi, à servir sans transformer le service en spectacle, à tenir parole même lorsque personne ne peut nous sanctionner, à demeurer fidèle à nos principes même lorsque personne ne peut nous récompenser.
L’authenticité est la victoire de l’être sur le paraître.
Et peut-être que l’une des grandes guérisons de notre époque consisterait à réconcilier nos intentions, nos paroles et nos actes ; à réconcilier ce que nous pensons, ce que nous disons et ce que nous faisons.
Notre santé, notre intelligence, notre force, nos opportunités, nos responsabilités et nos réussites sont autant de dépôts dont nous ne sommes pas les propriétaires absolus. Nous n’en sommes que des dépositaires temporaires.
La véritable autorité ne consiste pas à faire sentir aux autres leur petitesse ; elle consiste à utiliser sa position pour leur permettre de grandir.
Voilà une leçon essentielle pour tous ceux qui détiennent une responsabilité : plus l’homme est grand devant notre Seigneur, moins il ressent le besoin d’être grand devant les hommes.
De nos jours, nous vivons dans une civilisation de la réaction immédiate ; un mot provoque une réponse, une offense appelle une autre offense, une humiliation produit une vengeance, une divergence devient un conflit.
Et dans un monde où les émotions sont souvent instrumentalisées pour diviser, la tenue et la retenue constituent une véritable vertu civique et spirituelle.
La justice est facile à proclamer ; elle est beaucoup plus difficile à pratiquer lorsque nos intérêts personnels sont en jeu. La justice est la vérité appliquée aux relations humaines ; elle exige l’équité et nous oblige au dépassement de nos préférences. Une société juste est celle où le conflit peut être arbitré sans que la vérité soit sacrifiée aux intérêts, aux appartenances ou aux puissances. Une société devient véritablement humaine lorsqu’elle refuse de laisser l’homme seul face à sa détresse.
Le modèle prophétique nous rappelle que la valeur d’une communauté ne se mesure pas uniquement à la puissance de ses plus forts, mais aussi à la manière dont elle protège ses plus faibles.
Nous entrons dans ce monde les mains vides et nous le quittons les mains vides.
Entre les deux, nous ne faisons que gérer un dépôt.
Alors, pourquoi transformer la vie en course permanente à l’accumulation ?
La véritable richesse est aussi celle qui permet de se détacher, de donner, de partager, de secourir, de transmettre, de comprendre que nous ne sommes que des dépositaires temporaires de ce que nous croyons posséder.
L’homme contemporain veut tout prévoir, tout programmer, tout calculer, tout maîtriser. Nous pouvons faire tout ce qui est en notre pouvoir, réfléchir, analyser, planifier, préparer, agir puis confier l’issue au Seigneur des mondes
La confiance en notre Seigneur ne dispense pas de l’effort ; elle délivre simplement l’homme de l’illusion qu’il contrôle tout. Lorsque l’être humain comprend cela, son cœur est apaisé, il agit sans arrogance, espère sans prétention, accepte sans désespoir, avance sans oublier Celui qui guide ses pas.
Nous rêvons souvent de changer le monde. Mais le monde est fait d’hommes et de femmes. Et les sociétés deviennent le reflet, à des degrés divers, des consciences qui les composent.
L’ultime combat commence donc en nous, vaincre l’ignorance par le savoir, vaincre le mensonge par la vérité, vaincre l’hypocrisie par la sincérité, vaincre l’orgueil par l’humilité, vaincre l’avidité par le partage, vaincre l’égoïsme par la fraternité, vaincre l’orgueil par l’humilité, vaincre la colère par la tenue et la retenue, vaincre l’injustice par l’équité, vaincre le désespoir par l’espérance, vaincre la peur et le chagrin par la confiance en Allah. Voilà le combat qui transforme réellement l’homme. Et lorsque l’homme se transforme, son foyer peut changer, son entourage peut changer, son organisation peut changer, sa communauté peut changer. Puis, progressivement, la société peut changer.
Il serait illusoire de croire qu’un seul homme peut réparer tous les désastres de son époque. Mais chacun peut réparer quelque chose ; un mensonge peut être remplacé par une vérité ; une injustice peut être refusée ; une colère peut être maîtrisée ; une personne abandonnée peut être secourue ; une parole blessante peut être remplacée par une parole bienveillante ; une promesse peut être tenue ; une dette morale peut être reconnue ; une erreur peut être réparée ; un pardon peut être accordé ; une main peut être tendue.
C’est par cette conscience collective que commence la reconstruction d’un monde nouveau. La lumière n’a pas besoin d’être immense pour repousser l’obscurité !
Nous sommes peut-être arrivés à un moment où l’humanité doit choisir.
Continuer à construire une civilisation fondée principalement sur la possession, la compétition, l’apparence et la puissance ?
Ou reconstruire progressivement une civilisation fondée sur la vérité, la dignité, la responsabilité, la justice, la fraternité, la rivalité en de bonnes œuvres, la spiritualité ?
La réponse ne viendra pas uniquement des institutions ; elle ne viendra pas uniquement des savants ; elle ne viendra pas uniquement des autorités religieuses. Elle viendra de la transformation des consciences individuelles.
Car l’avenir de l’humanité ne dépend pas seulement de ce que nous savons ; il dépend de ce que nous choisissons de devenir.
Lorsque le mensonge s’étend, devenons nous-même digne de confiance.
Lorsque l’orgueil grandit, choisissons l’humilité.
Lorsque la violence menace, cultivons la maîtrise de soi.
Lorsque l’injustice progresse, restons équitable.
Lorsque l’égoïsme domine, choisissons la fraternité.
Lorsque l’avidité dévore, retrouvons la générosité.
Lorsque la haine s’installe, préservons la miséricorde.
Lorsque l’épreuve arrive, demeurons patient.
Lorsque l’avenir inquiète, renforçons la patience et la confiance absolue au Créateur des cieux, des terres et des mers.
Et lorsque les repères semblent disparaître, se rapprocher davantage de notre Seigneur et méditer l’exemple du Sceau des Prophètes (PSL) qui nous rappelle que la grandeur humaine n’est pas dans la domination, elle est dans la maîtrise de soi ; elle n’est pas dans l’accumulation, elle est dans le partage ; elle n’est pas dans le paraître, elle est dans la sincérité ; elle n’est pas dans l’arrogance, elle est dans l’humilité ; elle n’est pas dans la vengeance, elle est dans la capacité à pardonner ; elle n’est pas dans la puissance sans limite, elle est dans la puissance maîtrisée par la justice. Et surtout, elle n’est pas dans l’illusion de l’autosuffisance, elle est dans la servitude libre, consciente et confiante envers notre Seigneur.
Ainsi, lorsque le monde vacille, le croyant ne doit pas nécessairement désespérer.
Il doit se redresser, purifier son intention, réformer son comportement, raviver sa foi, réhabiliter sa parole, restaurer la confiance, servir son prochain. Et marcher sur le chemin de la droiture et de la rectitude.
Car peut-être que le salut de notre époque ne commencera pas par une grande révolution bruyante, douloureuse et angoissante. Peut-être commencera-t-il par quelque chose de beaucoup plus silencieux, beaucoup plus humble et beaucoup plus puissant : un homme ou une femme qui décide de ne plus mentir ; un homme ou une femme qui décide de ne plus trahir ; un responsable qui décide de servir et ne pas se servir du bien public ; un puissant qui décide d’être juste ;
un riche qui décide de partager ; un offensé qui décide de pardonner ; un croyant qui décide de faire entièrement confiance à Dieu et de se dévouer à l’adoration sincère et exclusive du Seigneur de l’humanité.
Et de proche en proche, de conscience en conscience, de cœur en cœur, la lumière peut se transmettre.
Alors, peut-être comprendrons-nous enfin que l’ultime combat n’est pas celui que nous livrons contre les autres, mais celui que nous livrons contre tout ce qui, en nous, nous éloigne de la vérité, de la dignité, de la droiture, de la rectitude et du Créateur des mondes.
Et lorsque ce combat sera remporté, même partiellement, par des millions de consciences, le monde pourra vaciller sans que l’humanité ne s’effondre.
Et la lumière demeurera pour l’éternité.
Ô Seigneur, fais de nous des porteurs de lumière
Ô Allah, Seigneur de la Vérité, de la Justice et de la Miséricorde,
Lorsque notre époque se trouble, éclaire nos cœurs.
Lorsque le mensonge se répand, fais de nos paroles des refuges de vérité.
Lorsque l’hypocrisie gagne les consciences, accorde-nous la sincérité.
Lorsque l’orgueil nous menace, enseigne-nous l’humilité.
Lorsque la colère nous saisit, donne-nous la maîtrise de nous-mêmes.
Lorsque l’injustice nous entoure, donne-nous le courage de rester équitables.
Lorsque l’égoïsme nous enferme, ouvre nos cœurs à la fraternité.
Lorsque l’avidité nous tente, rappelle-nous que tout bien n’est qu’un dépôt entre Tes mains.
Lorsque l’épreuve nous atteint, accorde-nous la patience.
Lorsque la haine nous sollicite, fais grandir en nous la miséricorde.
Lorsque l’avenir nous inquiète, fortifie notre confiance absolue en Toi.
Ô Allah, inspire-nous de la lumière du Sceau des Prophètes (PSL).
Fais que nous ne nous contentions pas d’admirer ses qualités, mais que nous nous efforcions humblement de les traduire dans nos vies.
Fais de nous des êtres de vérité, des êtres de confiance.
Des êtres de justice, des êtres de paix.
Des êtres de miséricorde, des êtres de dignité.
Des êtres de responsabilité, des êtres de fraternité.
Et surtout, des serviteurs sincères et reconnaissants.
Ô Allah, répare ce qui est brisé dans nos cœurs,
Réconcilie ce qui est divisé entre les hommes, apaise ce qui est tourmenté,
Eclaire ce qui est obscur, redresse ce qui est courbé,
Purifie ce qui est souillé, et guide l’humanité vers la vérité, la paix et la dignité.
Fais de chaque homme et de chaque femme une lumière là où Tu les as placés.
Fais de nos familles des foyers de paix.
De nos communautés des espaces de fraternité.
De nos responsabilités des dépôts honorés.
De nos paroles des engagements tenus.
De nos vies des témoignages de foi.
Et lorsque viendra notre dernière rencontre avec Toi, fais que nous puissions comparaître devant Toi avec des cœurs sincères, des âmes apaisées et la conscience d’avoir essayé, humblement, de faire triompher le bien.
Ô Allah, fais triompher la vérité sans arrogance, la justice sans cruauté, la puissance sans oppression, la richesse sans avidité, la connaissance sans orgueil et la foi sans hypocrisie.
Et accorde à l’humanité de retrouver le chemin de la vérité, de la droiture.
Le chemin de la rectitude et de la fraternité.
Que Tes bénédictions, Ta paix et Ta miséricorde soient sur notre Maître, Miséricorde pour les mondes, le Sceau des Prophètes (PSL), sur sa famille, ses compagnons et sur tous ceux qui suivent avec sincérité son noble exemple.
Allahouma Amine.
Cheikh Sidate NIANG
(CSN)
