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En octobre 2020, une mรจre de famille pousse la porte du commissariat de La Courneuve accompagnรฉe de collรจgues. Depuis le dรฉbut de lโannรฉe, un homme qui se prรฉsente comme marabout la harcรจle au tรฉlรฉphone. Elle ne connaรฎt presque rien de lui, si ce nโest quโil parle soninkรฉ, comme elle, et possรจde son numรฉro. Cette plainte va permettre aux policiers de remonter jusquโร Ali Sidibรฉ et de mettre au jour une affaire dont lโampleur dรฉpasse largement le cas de cette premiรจre femme.
Ali Sidibรฉ a alors une trentaine dโannรฉes. Il prรฉtend avoir fui le Mali en 2014 aprรจs lโassassinat de son pรจre par des jihadistes. En rรฉgion parisienne, il se fait connaรฎtre comme marabout auprรจs de femmes principalement originaires dโAfrique de lโOuest, venues le consulter pour des problรจmes de santรฉ, de fertilitรฉ ou de couple. Dโautres sont abordรฉes dans la rue.
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Le scรฉnario varie selon les victimes, mais les mรชmes mรฉcanismes dโemprise reviennent. Ali Sidibรฉ affirme ร certaines quโun djinn menace leur vie, leur couple ou leurs enfants. Il assure pouvoir intervenir, puis rรฉclame de lโargent. Lorsquโune femme refuse ou tente de couper les ponts, les appels, les messages et les menaces se multiplient.
Lโune des victimes, une femme de chambre de 44 ans et mรจre de six enfants, lui verse 400 euros par mois sur un salaire dโenviron 1 200, espรฉrant quโil lโaide ร rรฉsoudre ses problรจmes de mariage. Elle dit avoir craint quโen lui dรฉsobรฉissant, il ne la rende folle ou ne maudisse ses enfants.
Pour plusieurs plaignantes, les consultations finissent dans une chambre dโhรดtel ร Montreuil. Lโhรดtel lโUnivers, quโAli Sidibรฉ prรฉsente comme son ยซ lieu de travail ยป. La justice retiendra que plusieurs des femmes quโil y conduisait ont รฉtรฉ violรฉes. Les faits jugรฉs sโรฉtendent principalement de 2018 ร 2020.
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Comprenant que toutes les victimes ne viendront pas dโelles-mรชmes, un enquรชteur รฉpluche les factures tรฉlรฉphoniques de Sidibรฉ. Numรฉro aprรจs numรฉro, les policiers retrouvent dโautres femmes. Certaines nโavaient jamais dรฉnoncรฉ les faits, dโautres hรฉsitent encore ร parler.
Les enquรชteurs dรฉcouvrent รฉgalement que, dans une partie de la communautรฉ ouest-africaine, certaines le surnomment dรฉjร le ยซ marabout violeur ยป. Cโest ainsi que lโaffaire, partie des quelques รฉlรฉments fournis par une mรจre de famille, finit par rรฉunir de nombreuses victimes.
Au procรจs, ces femmes sont รขgรฉes pour la plupart de 40 ร 60 ans. Elles parlent soninkรฉ, pular, bambara ou franรงais. Plusieurs travaillent comme femmes de mรฉnage ou sont au foyer. Elles viennent souvent tรฉmoigner seules et repartent discrรจtement aprรจs leur passage ร la barre. Parallรจlement aux violences sexuelles, les enquรชteurs chiffrent lโampleur de lโescroquerie. La justice reproche finalement ร Ali Sidibรฉ dโavoir soutirรฉ plusieurs dizaines de milliers dโeuros aux femmes violรฉes ainsi quโร une quinzaine dโautres personnes.
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En avril 2024, Ali Sidibรฉ comparaรฎt devant la cour criminelle de Seine-Saint-Denis. Pendant neuf jours dโaudience, les victimes racontent les fausses consultations, les menaces, les escroqueries et les viols. Face ร elles, lโaccusรฉ nie en bloc et soutient que les femmes se sont concertรฉes pour le faire tomber.
Le 6 mai 2024, les cinq magistrats rendent leur dรฉcision et mettent un coup dโarrรชt dรฉfinitif ร ses agissements. Ali Sidibรฉ est reconnu coupable du viol de neuf femmes et de vingt-trois escroqueries. Il รฉcope de 15 ans de rรฉclusion criminelle, la peine maximale encourue, assortis dโune interdiction dรฉfinitive du territoire. ร lโissue de sa peine, lโhomme qui prรฉtendait chasser les djinns sera expulsรฉ et ne pourra plus jamais remettre les pieds en France.
Au-delร du parcours dโAli Sidibรฉ, cette affaire montre aussi comment la religion et les croyances peuvent รชtre dรฉtournรฉes pour exercer une emprise sur des personnes vulnรฉrables. En ciblant des femmes confrontรฉes ร la maladie, aux difficultรฉs conjugales, au dรฉsir dโenfant ou ร la prรฉcaritรฉ, le faux marabout ne leur vendait pas seulement de prรฉtendues solutions spirituelles : il exploitait leurs inquiรฉtudes les plus intimes pour obtenir de lโargent, imposer son autoritรฉ et, pour plusieurs dโentre elles, commettre des violences sexuelles.
#DrLamouss
