Une fondation de Première Dame, dont le financement et les mécanismes de fonctionnement soulèvent encore des questions de transparence, ne peut pas se substituer à une véritable politique nationale de protection sociale.
Il faut quand même arrêter de prendre les Sénégalais pour des spectateurs auxquels on peut servir n’importe quel discours.
Une fondation peut faire de bonnes choses. Elle peut aider des familles, soutenir des malades, accompagner des personnes vulnérables. Très bien.
Mais cela ne s’appelle pas la Sécurité sociale.
La France, que nous pouvons critiquer sur beaucoup de choses, a au moins compris une chose essentielle : la protection sociale est un droit organisé par la République, pas une faveur distribuée au gré des circonstances.
Une véritable sécurité sociale repose sur trois principes simples : solidarité, universalité et égalité d’accès.
Le citoyen cotise.
L’État organise.
Les institutions mutualisent.
Et lorsque surviennent la maladie, l’accident, la vieillesse, le handicap ou la perte d’autonomie, le citoyen bénéficie de droits définis par la loi.
Voilà ce qu’est une politique de protection sociale.
Notre pays dispose déjà de mécanismes de protection sociale à travers différentes institutions et branches : maladie, accidents du travail et maladies professionnelles, retraite, famille, etc.
Mais notre système souffre encore de problèmes de financement, de couverture, de coordination et d’efficacité.
La priorité devrait donc être de renforcer ces mécanismes, d’élargir leur couverture et de leur garantir des ressources pérennes.
Les ressources de la protection sociale doivent être organisées autour de mécanismes clairs : cotisations sociales, impôts et taxes affectés, systèmes efficaces de recouvrement et institutions solides, notamment autour de la Caisse de sécurité sociale et de l’IPRES.
Pas autour de fondations dont le fonctionnement et le financement échappent au véritable contrôle citoyen.
Soyons sérieux.
Une fondation, quelle qu’elle soit, ne peut pas garantir à plus de 18 millions de Sénégalais une protection durable contre la maladie, l’accident, la vieillesse, le handicap ou la perte d’autonomie.
Une fondation peut aider. L’État doit garantir.
C’est toute la différence.
Une politique sociale sérieuse ne consiste pas à distribuer ponctuellement de l’aide à ceux qui en ont besoin.
Elle consiste à donner aux citoyens des droits auxquels ils peuvent prétendre, indépendamment de leur proximité avec telle personnalité, telle fondation ou tel donateur.
Les Sénégalais n’ont pas seulement besoin d’aide.
Ils ont besoin de droits.
Et c’est justement là que le discours de rupture prend tout son sens.
Nous n’avions pas promis de remplacer une fondation par une autre.
Nous avions justement dénoncé cette logique et défendu une conception différente de l’État : un État fort, juste, transparent et capable d’organiser lui-même la solidarité nationale.
C’était l’esprit du projet que nous avons porté ensemble.
Alors, Monsieur le Président, posons-nous les vraies questions.
Où est notre véritable système national de sécurité sociale ?
Vous en souciez-vous réellement ?
Où est le mécanisme véritablement universel garantissant à chaque Sénégalais une protection contre la maladie ?
Et qu’on ne me réponde pas simplement par la CMU : nous savons tous qu’elle est encore loin d’assurer une couverture réellement universelle dans notre pays.
Où est la couverture réellemen efficace contre les accidents du travail et les maladies professionnelles ?
Où est le système suffisamment robuste pour garantir une retraite digne à celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie ?
Où est notre véritable politique nationale de prise en charge de la dépendance et du handicap ?
Et surtout :
où sont les droits opposables du citoyen ?
Parce que la solidarité nationale ne peut pas dépendre de la générosité d’une personnalité, d’une fondation, d’un mécène ou d’un donateur.
La solidarité nationale doit être financée par la collectivité et garantie par la République.
C’est toute la différence entre la charité et le droit.
Entre l’assistance et la protection sociale.
Entre une fondation qui aide et un État qui garantit.
Le Sénégal n’a pas besoin que ses citoyens deviennent des bénéficiaires permanents de la générosité institutionnelle.
Il a besoin de citoyens titulaires de droits sociaux.
C’est cela, la véritable rupture.
Et c’est sur ce terrain-là, Monsieur le Président, que les Sénégalais vous attendent.
Pas dans les discours du genre « première dame
Ne nama »
Soyons sérieux et pragmatique le pays brûle de souffrance.
Seydina Alioune Kebe
Monsieur le Président de la République, les sénégalais n’ont pas besoin d’assistanat , ils ont besoin de Droit .
