Réunis à Tambacounda du 14 au 18 septembre, 152 prêtres de l’Union du Clergé Sénégalais (UCS) ont consacré leur 48e Assemblée générale à l’économie solidaire. Leur motion finale, datée du 17 septembre, dresse sept constats sur la société sénégalaise, formule les engagements du clergé et s’adresse à l’État comme aux fidèles. Les participants invoquent la hausse des urgences sociales, de la pauvreté au chômage.
La rencontre de Tambacounda a poursuivi, sur le thème « Collaboration élargie et économie solidaire : Agir ensemble au-delà des murs de l’Église », la mise en œuvre des recommandations et résolutions de la 47e Assemblée, tenue à Saint-Louis du Sénégal. Après la prière d’ouverture, l’État a pris la parole : le gouverneur de la région, Abdourahmane Ndiaye, et les délégations du ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire et du ministre chargé du suivi et de l’évaluation de l’Agenda Sénégal 2050 se sont adressés aux prêtres.
Du côté de l’Église, Mgr Paul Abel Mamba, évêque du lieu, et Mgr André Guèye, archevêque de Dakar, étaient présents. Le cardinal Théodore-Adrien Sarr, le nonce apostolique Mgr Waldemar Stanisław Sommertag et les autres évêques ont envoyé des messages d’encouragement et de prière. Les prêtres ont réaffirmé au Pape Léon XIV leur communion et leur fidélité au Magistère de l’Église.
Les travaux ont reposé sur trois communications. Dominique Ndong, conseiller spécial à la Présidence de la République, a donné la conférence inaugurale sur l’Agenda Sénégal 2050 et les responsabilités du clergé. Le Frère Pierre-Marie Niang, dominicain et docteur en théologie, a exposé les fondements théologiques de l’économie solidaire dans la Doctrine sociale de l’Église, puis Bartélémy Sene et Joseph Oufom Medou, de Petrosen Holding, ont traité du pétrole, du gaz et du développement. Des experts ont également présenté une solution de pension retraite et d’assurance collective.
La réflexion sur l’économie solidaire conduit les prêtres à constater, comme l’a relevé l’abbé Olympe Félix Badji, que « la portée de la question dépasse une préoccupation propre au clergé engageant un nécessaire dialogue entre Église et État ». Ils notent une hausse des urgences sociales, entre pauvreté, chômage et employabilité des jeunes et des femmes, une banalisation de l’inclusion sociale, une carence de dynamique communautaire et une crise de l’initiative entrepreneuriale, surtout dans la communauté chrétienne. S’y ajoutent un manque de conversion dans la manière de vivre la solidarité, une mauvaise prise en charge du cadre de vie et une dégradation accélérée de la nature.
Face à ces urgences, les prêtres s’engagent à promouvoir les valeurs de l’Évangile, la citoyenneté, la cohésion, l’entraide et la fraternité sacerdotale, et à favoriser les dynamiques communautaires. Ils ont conscience que « la réflexion théologique doit aboutir à une praxis, une action sociale ». C’est pourquoi ils veulent devenir des acteurs de développement, encourager et accompagner les initiatives entrepreneuriales, aider les jeunes à convertir leurs connaissances en compétences et éduquer à un humanisme de solidarité et de communion.
Les prêtres invitent aussi l’État à donner sa chance au développement à la base, à comprendre que l’économie solidaire suppose une collaboration entre l’Église et l’État et à mettre l’économie au service de la personne humaine. Ils lui recommandent de renforcer et de préserver le dialogue interreligieux et de susciter la confiance que « la pauvreté n’est pas une fatalité, mais un manque d’opportunité ».
Quant aux fidèles, les prêtres les encouragent à comprendre qu’aucune économie solidaire ne saurait se construire dans l’entre-soi, mais dans la collaboration et le dialogue. Ils les invitent à mettre en place des associations et des coopératives en Communauté ecclésiale de base (CEB), en paroisse et en diocèse, et à travailler à une meilleure auto-prise en charge de l’Église. Le texte ne fixe toutefois aucun calendrier d’application.
Les prêtres remercient l’État, les partenaires et le diocèse de Tambacounda. Au terme de leurs assises, ils jugent que travailler dans la synodalité pour le développement intégral humain « n’est plus un choix ». L’appel s’étend à tout le peuple sénégalais, invité à dépasser les clivages politiques et idéologiques pour plus de paix. L’Union se souvient des abbés Patrice Mor Faye, Urbain Mané et Bernard Diogoye Diouf, ses membres défunts, ainsi que du dominicain Jean Marie Bébey et du père spiritain
Maixent Sagna.
