GAMBIE : NOUS VOULIONS SIMPLEMENT DÉCOUVRIR BANJUL…

Le 13 août 2026, je suis parti de Saly vers 8h30 avec mes deux enfants, âgés de 15 et 11 ans, et notre chauffeur.

Nous avions réservé deux nuits à Toubacouta pour découvrir les îles du Sine-Saloum. Puisque nous étions dans cette partie du Sénégal, je m’étais dit : pourquoi ne pas en profiter pour faire également découvrir la Gambie et Banjul aux enfants ?

Le programme était simple : passer la frontière, déjeuner et visiter Banjul, puis rejoindre Toubacouta en fin de journée.

La réalité sera tout autre.

15 000 FCFA sans reçu à la frontière

Nous arrivons à la frontière vers midi.

Avant de quitter le poste sénégalais, je demande expressément au policier si nous aurons quelque chose à payer au contrôle gambien. Réponse : non.

Quelques mètres plus loin, côté gambien, nos passeports sont contrôlés puis nous sommes dirigés vers un autre bureau pour les tampons.

Je remarque que tous les voyageurs n’y sont pas envoyés. Des personnes dans la file m’indiquent qu’on leur demande généralement entre 1 000 et 2 000 FCFA.

Lorsque vient notre tour, je présente nos trois passeports français.

5 000 FCFA par passeport. Soit 15 000 FCFA.

Je demande pourquoi.

« Parce que vous avez des passeports français. »

Je demande un ticket ou un reçu.

Aucun reçu ne m’est remis.

Je paie pour éviter un incident devant mes enfants, tout en faisant remarquer que cette absence de justificatif ne me paraît pas normale.

Nous reprenons la route vers Barra.

Les contrôles commencent

Environ 1 à 2 kilomètres après la frontière, premier contrôle routier de police.

Je décide de descendre avec notre chauffeur pour être témoin de ce qui va se passer. Nous nous présentons devant les policiers, qui restent assis à leur poste. Ils contrôlent nos documents.

Tout est en ordre. Nous repartons.

Un ou deux kilomètres plus loin environ, nouveau contrôle, cette fois par un militaire. Nous restons dans le véhicule. Il vérifie les papiers.

Là encore : aucun problème.

Quelques kilomètres plus loin : troisième contrôle routier par la police. En ajoutant les formalités à la frontière, nos documents sont donc examinés pour la quatrième fois depuis notre entrée en Gambie.

Et cette fois, tout change.

Le fameux « sample »

Le policier me demande de rester à l’écart et veut parler seul à notre chauffeur. Il l’emmène vers la petite construction en tôle que l’on aperçoit sur la photo accompagnant cette publication.

Notre chauffeur nous explique ensuite que le policier lui a demandé un « sample ».

Il lui aurait demandé ce que cela signifiait.

Selon ce que notre chauffeur nous rapporte, la réponse était simple :

« Donner quelque chose et partir. »

Notre chauffeur refuse de payer.

Et c’est précisément après ce refus que des problèmes commencent soudainement à apparaître.

D’abord le triangle, puis une « rature »

Le policier demande à voir le triangle de signalisation. Notre chauffeur lui montre celui présent dans le véhicule.

On lui explique alors qu’un triangle suffirait au Sénégal mais qu’en Gambie il en faudrait deux.

Puis vient un autre problème.

Le policier relève une rature sur le document établi côté sénégalais, au niveau du nombre de passagers, et nous explique que nous devons retourner à la frontière pour le faire corriger.

Pourtant, ce même document vient d’être contrôlé successivement par un autre poste de police puis par un militaire, sans que personne ne nous signale la moindre anomalie.

Nous faisons également remarquer que le document établi côté gambien comporte lui aussi une correction/rature.

Mais celle-ci, nous explique-t-on, ne poserait aucun problème.

Je ne peux évidemment pas affirmer ce que le policier avait en tête. Je peux en revanche constater la chronologie :

Deux contrôles routiers sans problème → demande de « sample » → refus de payer → problème de triangle → problème de rature → ordre de retourner à la frontière.

Et pendant ce temps, mes enfants sont dans la voiture

Pendant ces échanges, notre véhicule est immobilisé au bord de la route avec mes deux enfants à l’intérieur.

Je considère que leur sécurité n’est pas correctement assurée et interpelle les policiers.

Je fais notamment remarquer à la policière visible sur la photo que mes enfants se trouvent dans ce véhicule, stationné au bord de la chaussée, et que cette situation pourrait devenir dangereuse.

Elle me répond en substance que ce n’est pas elle qui a arrêté notre véhicule mais son collègue.

Je lui réponds qu’ils sont collègues, qu’elle voit elle-même la situation et que c’est précisément pour cela que je l’interpelle également.

Finalement, on nous ordonne de faire demi-tour.

🔄 Retour vers la frontière

Sur le chemin du retour, nous repassons devant le militaire qui nous avait contrôlés à l’aller.

Je lui raconte ce qui vient de se passer : les contrôles précédents sans problème, la demande de « sample », le refus de notre chauffeur puis l’ordre de retourner à la frontière.

Je lui dis clairement :

Nous ne paierons pas. S’il faut renoncer à visiter la Gambie et retourner au Sénégal, nous le ferons.

Il nous conseille d’expliquer la situation aux policiers et à leurs supérieurs.

Nous arrivons alors au premier poste de police que nous avions franchi sans difficulté à l’aller et racontons les faits.

À un moment, je leur indique que j’ai filmé la scène.

Le ton change immédiatement et on me demande d’effacer les images.

Pour éviter que la situation ne dégénère, notamment devant mes enfants, je réponds finalement que je plaisantais.

📞 Un appel… puis nous pouvons repartir

L’un des policiers décide alors d’appeler son collègue qui nous avait renvoyés vers la frontière.

Il s’éloigne de nous et la conversation dure plusieurs minutes.

Je n’ai pas entendu leur échange et je ne peux donc pas dire ce qui s’est dit.

À son retour, il nous annonce simplement que nous pouvons reprendre la route et que son collègue nous laissera passer.

Nous retournons donc au fameux contrôle.

Cette fois, nous sommes autorisés à poursuivre vers Barra.

Nous pensions en avoir terminé.

À l’entrée de Barra : nouveau paiement

Juste après un commissariat à l’approche de Barra, nouveau contrôle de police.

Cette fois, on nous réclame un « duty », présenté comme une taxe concernant notre véhicule sénégalais.

Nous sommes finalement obligés de payer pour pouvoir poursuivre notre route.

La discussion devient tendue.

Devant leur responsable, certains policiers nous lancent notamment :

« On est chez nous, vous ne venez pas faire la loi ici. »

Au moment de repartir, je souhaite malgré tout une bonne journée au responsable.

Un autre policier m’interpelle alors :

« Il n’y a pas de bonne journée. Vous payez, vous partez, c’est tout. »

Cette scène a été filmée par ma fille depuis l’intérieur du véhicule.

Au port de Barra : « Si vous voulez passer vite, payez »

Nous arrivons enfin au port de Barra pour prendre le ferry vers Banjul.

Là, un homme nous explique très clairement que si nous voulons passer rapidement, il faut donner quelque chose au policier et il nous fera passer plus vite.

Nous refusons.

Notre véhicule est mis de côté et nous attendons.

Pendant ce temps, nous constatons que plusieurs véhicules arrivés après nous passent devant nous.

Nous finissons par embarquer.

Les conditions de traversée nous surprennent également : voitures, passagers et marchandises sont extrêmement serrés. Des personnes s’appuient contre notre véhicule.

Avec mes deux enfants, je trouve les conditions de sécurité inquiétantes et nous préférons rester dans la voiture.

Enfin Banjul… vers 17 heures

Nous étions partis de Saly à 8h30.

Arrivés à la frontière vers midi.

Et nous n’atteignons finalement Banjul que vers 17h.

Notre projet de déjeuner tranquillement et de visiter la capitale est pratiquement réduit à néant.

Nous cherchons malgré tout quelque chose à manger et nous arrêtons chez King of Chawarma.

Mon fils commande un hamburger mais ne le termine pas. Il m’explique qu’il « n’a pas l’impression de manger de la viande ». Je précise qu’il s’agit de son ressenti, et non d’une affirmation de ma part sur la composition du produit.

Pour ma part, je me contente d’une boisson.

Après cette journée et ce que nous venons de vivre, nous n’avons plus envie de visiter Banjul ni de continuer à dépenser notre argent dans cette ville ou dans ce pays ce jour-là.

Je dis au chauffeur :

« Ramène-nous au bateau. On repart. »

Mais même repartir va prendre des heures

Nous retournons au port.

Et malgré notre décision de repartir quasiment aussitôt après ce bref repas, nous allons encore attendre plusieurs heures avec les enfants.

Notre ferry ne quittera finalement Banjul qu’à 20h09.

Pendant ce temps, notre hôtel nous attend à Toubacouta. Nous y avons réservé deux nuits pour ce qui constituait le véritable objectif de notre séjour : découvrir les îles du Sine-Saloum.

L’accueil et le restaurant ferment normalement à 22h.

Je téléphone pour expliquer notre situation.

Heureusement, le personnel accepte exceptionnellement de maintenir le restaurant ouvert pour nous permettre de dîner à notre arrivée.

Nous atteignons finalement Toubacouta à…

21h58.

Après une journée commencée à Saly à 8h30.

Et le lendemain, une confidence qui m’interpelle

Le lendemain, je raconte notre expérience à un membre du personnel de notre hôtel.

Cette personne m’explique alors que leur établissement organisait auparavant des excursions en Gambie mais aurait cessé de le faire en raison de ce type de pratiques rencontrées lors des déplacements.

Je précise qu’il s’agit des propos qui m’ont été rapportés par cette personne, et non d’une déclaration officielle de l’établissement, que je ne souhaite d’ailleurs pas identifier.

Après ce que nous venions de vivre, cette confidence m’a forcément interpellé.

Ce qui m’interpelle encore davantage

Depuis, j’ai raconté notre expérience à plusieurs Sénégalais.

Et ce qui m’a surpris, c’est que beaucoup ne semblaient absolument pas étonnés, comme si ce type de pratiques lors d’un passage en Gambie était devenu quelque chose de presque normal ou accepté.

C’est peut-être cela qui m’interpelle le plus.

Le Sénégal et la Gambie sont deux pays voisins, profondément liés par l’histoire, les familles, les langues, les cultures et les coutumes.

Comment peut-on finir par accepter de telles pratiques entre deux peuples aussi proches ?

Je me plaignais déjà parfois de certaines pratiques au Sénégal.

Mais ce que j’ai personnellement vécu ce jour-là en Gambie, je l’ai ressenti puissance dix.

Je ne porte pas de jugement sur l’ensemble du peuple gambien. Ce serait injuste.

Je raconte simplement ce que mes deux enfants, notre chauffeur et moi avons vécu le 13 août 2026.

Je dispose de vidéos, d’enregistrements audio et des documents établis au cours de cette journée. Certaines captures d’écran permettent également d’illustrer les faits relatés.

Nous étions venus avec curiosité, simplement pour découvrir Banjul.

Quelques heures plus tard, nous n’avions plus qu’une envie : repartir.

Et ce qui m’inquiète peut-être le plus aujourd’hui, c’est de constater que certains semblent avoir fini par considérer ce genre de situation comme presque normale.

By Alioune Faye

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