Les mercenaires russes d’Africa Corps continuent de payer au prix fort leur engagement au Mali. En trois jours à peine, les attaques se sont succédé contre les Russes et leurs alliés des FAMa, dessinant une géographie de plus en plus inquiétante de la guerre : du Nord au Centre et désormais jusqu’au grand Sud malien.
Lundi 7 septembre, une violente embuscade a frappé une colonne comprenant des éléments russes. Plusieurs combattants d’Africa Corps auraient été tués. Mardi 8 septembre, à Aguelhok, dans le Nord, les positions occupées par les FAMa et leurs alliés russes ont été prises pour cible par des tirs de mortier et de roquettes revendiqués par le JNIM. Et ce mercredi 9 septembre, nouvelle alerte : une colonne FAMa–Africa Corps serait tombée dans une violente embuscade sur l’axe Hérémakono–Sikasso. Le JNIM a diffusé de nouvelles images montrant des corps qu’il présente comme ceux de combattants russes. Le bilan exact de cette dernière attaque reste à confirmer indépendamment.
Cette attaque qui été confirmée par plusieurs sources , et sa localisation est particulièrement grave. Hérémakono, à environ 45 kilomètres de Sikasso, se trouve sur l’axe stratégique reliant le Mali au Burkina Faso, puis à Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Cet itinéraire appartient au grand corridor Bamako–Ouagadougou–Tema et Lome, vital pour les échanges et le ravitaillement du Mali. Sikasso est elle-même l’un des principaux carrefours économiques et agricoles du pays, à proximité des frontières burkinabè et ivoirienne. Voir la guerre atteindre cet axe signifie que la menace ne se limite plus aux immensités du Nord ou aux zones rurales du Centre : elle mord désormais sur les grandes artères économiques du Sud.
C’est surtout la géographie des événements qui doit inquiéter Bamako : Kakagnan lundi, Aguelhok mardi, l’axe Hérémakono–Sikasso mercredi. Le JNIM démontre une capacité à maintenir simultanément la pression sur des théâtres éloignés, à harceler les positions militaires, tendre des embuscades aux convois et menacer les corridors de ravitaillement. Cette dispersion oblige les FAMa et Africa Corps à protéger toujours davantage de routes, de garnisons et de convois sur un territoire immense. C’est la mécanique classique d’une guerre d’usure.
Et c’est là que le discours sur le prétendu « miracle russe » au Mali se fracasse contre la réalité. La Russie devait changer le rapport de force, sécuriser le territoire et permettre aux FAMa d’écraser les groupes jihadistes. Plusieurs années plus tard, les attaques continuent, les zones menacées s’étendent, les convois sont frappés, les positions militaires sont pilonnées et les Russes eux-mêmes deviennent régulièrement les cibles et les victimes de cette guerre.
La présence russe n’a donc pas apporté l’amélioration sécuritaire spectaculaire promise. Elle n’a ni éradiqué le JNIM, ni empêché l’extension géographique de ses opérations, ni sécurisé durablement les grands axes. Pire : Africa Corps commence à être aspiré dans la même guerre d’usure que ceux qu’il prétendait remplacer.
Le Mali n’est évidemment pas l’Afghanistan et les deux guerres ne peuvent être confondues. Mais Moscou connaît l’histoire : l’Union soviétique avait fini par quitter l’Afghanistan après avoir découvert qu’une grande puissance peut disposer d’une supériorité militaire considérable et néanmoins s’épuiser dans une guerre interminable. Chaque Russe tué, chaque véhicule détruit, chaque convoi attaqué et chaque position harcelée alourdit désormais le prix de l’aventure sahélienne.
À ce rythme, la question ne sera bientôt plus de savoir quand Africa Corps permettra au Mali de gagner la guerre, mais combien de temps la Russie acceptera encore de perdre des hommes dans une guerre qui, loin de s’éteindre, continue de s’étendre.
Samir Moussa
